Gif Atelier


L'atelier d'écriture de Gardanne se déroule au siège de l'AAI, 35 Rue Borely, 13120 Gardanne
chaque vendredi de 14h à 16h.
Pour contacter l'AAI utiliser l'adresse e-mail : aai.esj@wanadoo.fr ) ou téléphoner au 0442515299

L'atelier d'écriture de la Méjanes d'Aix se déroule chaque jeudi de 10h à 12h à la Mareschale, 27 avenue de Tübingen 13090 Aix-en-Provence (TEL : 04.42.59.19.71 - e-mail Ecrits.Alaai@gmail.com ) et aussi le premier lundi du mois (même heure, même lieu).

L'animation ci -dessous représente l'aspect avant tout ludique de cet atelier gratuit ouvert à tous. Du rire et de la légèreté...

Affichage des articles dont le libellé est Jeux oulipiens. Afficher tous les articles
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samedi 25 janvier 2014

Callipogrammes en O

Atelier du 24 janvier 2014 : Lipogramme en O + calligramme sur l'eau

Callipogramme de Julie

Callipogramme de Sabine A.

Callipogramme de Laurence

Callipogramme de Florent C.

Callipogramme de Christian Duvoy

Callipogramme de MV Brulong
Callipogramme de Rolland Pauzin

mercredi 15 janvier 2014

anagrammes du dyslexique

Atelier du 3 janvier 2014

Joseph William Turner - Voilier dans la tempête...


écrire un premier texte qui permet d'en écrire un second en changeant tous les noms, adjectifs et verbes par leurs anagrammes et en gardant tous les autres mots.
on obtient ainsi deux textes plutôt surréalistes.


Si ce genre d'écriture vous intéresse n'oubliez de lire le livre contenant des anagrammes de PHRASES et non de mots ::

Anagrammes à la folie, de Sylvain Tesson et Jacques Perry-Salkow - 2013


Anagrammes du dyslexique - R Pauzin

dimanche 12 janvier 2014

Verdun il y a un alphabet

Dernier atelier de 2013

Apollinaire par Vlaminck 1903


1915, Verdun

Frérot

Si on t'envoie au front, déserte, je t'en conjure. Pour l'instant, nous sommes 14 dans mon groupe et devons passer d'une tranchée à l'autre donc à découvert . Boum ! plus que 13.
J'ai la trouille comme tout le monde . Tient, je vois une cervelle qui n'est plus dans sa boite, si ça pouvait être celle du capitaine, ça nous ferait des vacances . Quel dégonflé celui-la, toujours à hurler des ordres que personne ne suit . Il n'a pas encore compris que notre seul objectif est de rester vivant et si possible entier.
Question anatomie, maintenant je suis au top . Je sais à quoi ressemblent les os de tout le corps,je ne savait pas qu'il y en avait autant, les ligaments, les muscles, le cœur, les poumons, les reins, le foie, la rate, les intestins, l'estomac vide ou plein, un œil vu de derrière, l'intérieur d'une oreille... Je cours. Boum ! 12.
Oups,je glisse dans la boue, a non, c'était du sang.
Quelle région pourrie, il pleut tout le temps, forcément ça ne pousse pas aux réjouissances.
Qu'est ce que je raconte, je deviens fou, c'est normal vu la situation, si je perdais complètement la tête, au moins, je n'aurai plus peur.
C'est trop horrible, je me montre, adieu à tous et bonne chance dans une autre vie.
BOUM 11 .

M-V.Brulong

__________________

Il y a

Il y a des gens qui rêvent
Il y a des rêves pleins d'espoir
Il y a le silence de ces nuits passées à espérer
Il y a les déceptions au réveil

dimanche 7 avril 2013

Phrases nominales


Les amants passagers - Almodovar

Atelier du 5 avril 2013 Phrases nominales

Consigne B : écrire un texte sans verbe. Seul les participes passés utilisés comme des adjectifs sont acceptables.

Sortie au cinéma


Sortie hier soir au cinéma. Pluie fine sur Plan de Campagne. Quelle poisse les déplacements sans parapluie ! Enfin au sec, billet en poche, au creux d’un fauteuil de velours rouge, un cornet de pop-corn entre les mains. A l’écran, le dernier film d’Almodovar. Un scénario farfelu plus proche de « Talons aiguilles » que de « Tout sur ma mère ». L’histoire des amants passagers à bord d’un avion en perdition. Panique mesurée et remise en question des protagonistes de la première classe. Des appels de la dernière chance à la femme, à la maîtresse, à l’enfant depuis le téléphone d’urgence de l’appareil. Un inventaire de personnages truculents : une voyante en quête de première expérience sexuelle perméable à l’odeur de la mort, une escort-girl de réputation internationale visée par un tueur professionnel, un couple de jeunes mariés adeptes de la mescaline, un comédien célèbre à la vie sentimentale chaotique, un pilote en recherche d’identité sexuelle.
Hilarité et jubilation parmi les spectateurs de la salle de cinéma au spectacle des trois stewards homosexuels acteurs d’un show total impro à destination des passagers inquiets.
Alors, un conseil : Peu importe les pluies fines et les averses de printemps, direction la salle de cinéma ! Pour les amateurs de situations loufoques et déjantées, voici un film incontournable.

(Françoise K.)

______________

Un rayon de soleil


Quelle journée magnifique !
Atelier d'écriture, bien entouré
dans une pièce sombre.
Face à moi, quelle joie ! Un rayon de soleil !
Dehors, temps nuageux
La langue en veille
La plume légère... (là, j'exagère)
Un fût de bière pour les compères
Fleurs sur les murs
Fruits sur la table
Bœufs dans l'étable...
et le cartable.

(Florent C.)

______________

La perte de verbe


Quelques extraits trouvés, ici ou là. Des exemples de phrases sans verbes ou phrases nominales. Des sortes d'aides, des pense-bêtes, des idées ingénieuses parfois, des tournures de fous de la consigne oulipienne, des jeux de mots.

Voilà par exemple une discussion sur un forum branché :
  • Sur ce forum, que de phrases sans verbes ! À chacun la sienne. Des erreurs ? Des inattentions ? Des fautes involontaires ou un choix de style ? Au fond pas très difficile l'écrit sans verbe, gage de modernité pour les uns, style relâché et prose inepte pour les autres.
  • Bof ! Une suite de phrases sans action. Du descriptif, quelques interrogations, des onomatopées à la Serge Gainsbourg ou des bribes de phrases, style bandes dessinées, des listes de commissions d'une banalité incroyable, des menus même pas appétissants. De la langue morte, quoi ?
  • La langue en péril ? Jamais, sans les mensonges des verbes beaucoup plus trompeurs que les noms communs. « Des envahisseurs, des dictateurs, des usurpateurs de la littérature » depuis toujours, ces conteurs d'actions et parfois d'états ! (Dixit Thaler, l'écrivain du « Train de nulle part », ouvrage à l'absence d'intrigue et tout naturellement, de verbes.)
  • Et les adjectifs, alors ? Quelles tromperies, non ?
  • En effet. Vive le silence, le vide, l'absence... le nihilisme aussi.
  • Pfft ! Le verbe dans le discours politique. Quelle merde ! Des excès, des dérives, des promesses...
  • Et l'utilisation des temps, des modes. Quelles balivernes ! Des conditionnels aux allures de professions de fois, de vérités incontournables, toujours bien placés et surtout bien cachés pour un populo naïf puis un peuple trompé, entubé jusqu'à l'os. Rigolo, non ?
  • Non, triste, mon ami !
  • Triste comme la politesse ?
  • Oui. Bonjour tristesse. Voilà du verbe, des sentiments à foison, de l'amour et de l'action ou du moins de l'action émotionnelle et cérébrale parfois.
  • Désolé ! Très ringard, pour moi !
Discussion suivie de pleurs inconsolables, de peurs de dérives vers le vide peut-être.

Ailleurs, rencontre de deux personnes troublées par ce même livre «le train de nulle part » et dans des états différents.
D'un coté, une jeune femme réconfortée par la beauté des noms dominateurs.
De l'autre un homme détruit par l'inaction des phrases futures. Pourtant, voilà de ses lèvres une suite de mots sans verbes : « Quel avenir dans l'inaction ? Quel avenir dans ce type de mort lente ? Quel avenir dans cette sorte de mer morte sans aucun bateau ni poisson, ou alors, avec des bateaux et des poissons mais complètement immobiles et donc inutiles ! »

Quelques secondes de silence puis réconciliation autour d'un poème de Verlaine, très descriptif et sans verbe, lui aussi :

Walcourt (de Verlaine)


Ô briques et tuiles,
Ô les charmants
Petits asiles
Pour les amants !

Houblons et vignes,
Feuilles et fleurs,
Tentes insignes
Des francs buveurs !

Guinguettes claires,
Bières, clameurs,
Servantes chères
A tous fumeurs !

Gares prochaines,
Gais chemins grands...
Quelles aubaines,
Bons juifs-errants !

__________


En ce soir léger, sortie d'une série de compliments et d'exclamations de la bouche de ces deux tendres personnages réconciliés et aux regards amoureux :
Quel beau tableau ! Magnifique, ce poème ! Fantastique, admirable ! Quelle merveilleuse description d'un lieu triste puisque en Belgique. Remarque un peu méchante et déplacée, non ? Oui, mille excuses pour les belges. Éclats de rire. Des mains et des cheveux entrelacés...
Début d'une idylle et... d'une récitation d'un texte de Benjamin Péret par l'homme, de plus en plus heureux et gai.


Allô

Mon avion en flammes mon château inondé de vin du Rhin
mon ghetto d'iris noirs mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d'opale mon moustique d'air
mon édredon de paradisiers ma chevelure d'écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise
ma collision d'autos folles et prudentes ma plate-bande sauvage
mon pistil de pissenlit projeté dans mon oeil
mon oignon de tulipe dans le cerveau
ma gazelle égarée dans un cinéma des boulevards
ma cassette de soleil mon fruit de volcan
…
()
…
mon amour

-  Je(u) sublime de 1936 ?
- Oui, ma belle


 Récitation par la femme d'un extrait de la Solitude de l'incompris poète, roi de la musicalité : Verlaine

La Solitude de Verlaine


Derrière un rideau lourd de pourpres léthargiques.
(L'homme) seul sur les ombres tragiques
De la terre sans verbe et de l'aveugle éther.
(Verlaine)

Hum ! Sacrée discussion, quand même ! Bien sûr, de la langue de bois pour les hyperactifs mais sans passif pour les autres, non ?
Et puis à la fin de cette scène, pas de langue de bois entre ces deux personnages. Non, de la gamelle marseillaise, plutôt.

(Rolland Pauzin – Texte écrit le jour précédent pour donner des exemples de phrases nominales lors de l'atelier)

lundi 25 mars 2013

Carré lescurien

René Magritte - Homme à la plage - 1927



Atelier du 22 mars 2013 - Carré lescurien


La marche trompe la piste rose
et Rose marche sur la piste.
La piste trompe la marche rose.

Marche ! Trompe ! Piste la rose
et piste la Rose qui se trompe de marche
La Rose se trompe, la piste est en marche

En marche Rose, te trompe pas de piste !
(Christian Duvoy)

______________________

Coupe la planche ! Sombre orange,
La sombre planche orange se coupe
et coupe la sombre orange sur la planche.

Planche, sur la coupe sombre de l'orange !
(Florent C)

______________________


Le vaisseau vogue et coupe la vague.
Une coupe de vaisseau vague mais en vogue
vogue sur la vague puis un vaisseau dans une coupe
vague se coupe et vogue tel un vaisseau.

(Rolland Pauzin) – Dans ce carré lescurien si l'on retire les mots de liaison un obtient un palindrome utilisant les 4 mots en question

vaisseau vogue coupe vague / coupe vaisseau vague vogue
vogue vague vaisseau coupe / vague coupe vogue vaisseau. consigne 1 avec tendre vogue vague pointu

Le pointu vogue sur la vague tendre
Ah ! Vogue tendre pointu si vague
La vogue du pointu ne va tendre sur la vague
le vague tendre qui vogue sur son pointu
(Rolland Pauzin)

_______________


Carré lescurien avec les mots : planche porte coupe bouche
en créant les 24 permutations possibles :

La planche porte la coupe vers la bouche
Ta planche coupe ma porte et ma bouche
La planche bouche ou coupe la porte
La planche de la porte bouche et coupe
La planche plus qu'une coupe bouche la porte
Planche bouche, qui porte ta coupe ?

Porte cette planche comme une coupe à ta bouche
La porte ou la planche sur ta bouche coupe
Porte la coupe d'une planche à ta bouche
Qui porte haut une coupe, bouche tout avec une planche
Un porte-bouche planche sur cette coupe
Porte à ta bouche la coupe et planche !

Coupe la planche puis bouche la porte
La coupe sur cette planche se porte vers ta bouche
Coupe-bouche ou planche de porte ?
Coupe cette bouche et porte la planche
La coupe se porte, la planche bouche
Coupe la porte et bouche-la avec la planche

Bouche la porte puisqu'on coupe une planche
Bouche la porte avec cette planche qui se coupe
Bouche cette coupe et porte cette planche
Bouche ou coupe la porte et la planche
Bouche la planche ou coupe la porte
Bouche cette planche et porte-moi cette coupe

(Rolland Pauzin)


Exemple utiliser les 4 mots suivants dans une phrase et les retourner tant qu'on peut :
vague vogue planche blanche

La planche blanche vogue sur la vague
La Blanche planche sur cette vogue de le vague
et de la planche qui vogue sur la vague blanche.
Ah, vogue de la vague planche blanche !
(Rolland Pauzin)

CONSIGNE :
Écrire un poème fait de 4 mots que l'on va retourner dans tous les sens possible.

On nomme cela un poème carré ou le carré lescurien créé par Jean Lescure

exemples :
À foule qui se ferme sable sombre
Au sable ferme la foule sombre
Sombre, ferme, foule le sable
Foule ferme où sombre du sable

Jean Lescure ("Poèmes carrés", dans le recueil "Drailles" - éditions Gallimard, 1968)

Feuille de rose porte d'ombre
Ombre de feuille porte rose
Feuille, porte l'ombre d'une rose
Feuille rose à l'ombre d'une porte
Toute rose ombre une porte de feuille

Jean Lescure ("Poèmes carrés", dans le recueil "Drailles" - éditions Gallimard, 1968)

Définition
Le carré lescurien utilise quatre mots permutant entre eux.

Rien n’est plus facile que d’interchanger les beaux adjectifs.
Rien n’est plus beau que d’interchanger les faciles adjectifs.

Avec les substantifs déjà la difficulté se fait plus étrange.
Avec la difficulté déjà le substantif se fait plus étrange ».
Ces phrases de Jean Lescure définissent la permutation en la pratiquant.

Pour se faciliter la tâche :
Il faut prendre des mots qui peuvent être à la fois un verbe conjugué et un nom commun ou un adjectif cela facilite les permutations.
Voir : porte coupe bouche branche colle chine prime montre vogue planche foule sombre joue ferme orange (adjectif, nom)

Tableau : René Magritte - Homme à la plage - 1927

dimanche 24 février 2013

Le fennec et le len-de-lel transcrit du Renard et des raisins de La Fontaine




Atelier du 22 février 2013

Consigne : réécrire la fable de La Fontaine : LE RENARD ET LES RAISINS
sous la forme d'un mono-vocalisme en « e » (c.a.d. sans a,i,o,u,y)
même histoire, même nombre de vers rimés … et si possible des vers isométriques.

Le fennec et le len-de-l'el1

Cette femelle de fennec,
Desséchée, le ventre en échec,
repère les len-de-lel, de sept mètres
élevés ; elle ne dépend ces spectres,
et ne becte. C'est bête... et c'est de l'excellent !
Elle peste, vexée d'être désespérée :
« Ce mets très vert, est des benêts, l'enflée denrée. »

Et de tels débectés émettent ce relent.



(Rolland Pauzin a légèrement modifié les deux premiers jets écrits en 90 minutes
et proposés par Brigitte et Christian Duvoy avec la participation de Florent C.
pour que les vers rimant entre eux soient isométriques)

Les deux premiers jets :

Cette femelle fennec
Desséchée, le ventre en échec
Repère le len-de-lel, élevé de sept mètres
Vexée, elle ne le prend ce spectre.
C'est bête, c'est de l'excellent !
Stressée de ne le prendre, elle peste :
« C'est très vert, c'est des mets de benêts lents,
Et les pelés de l'est s'en délectent. »

(proposé par Christian Duvoy)
__________

Cette femelle fennec
Desséchée, le ventre en échec
Repère le len-de-lel, ne le becte
Ce mets élevé de sept mètres et c'est bête
C'est de l'excellente denrée
Et elle peste, désespérée :
« Ce dessert est extrêmement vert, c'est l'excrément des benêts
Les bêtes des sentes s'en servent d’entremets. »

(proposé par Brigitte)
___________________
1Le len-de-lel (aussi écrit lendelel) est un cépage de la région de Gaillac.
C'est un raisin blanc. Le nom vient de l'occitan et signifie : « Loin de l’œil »



______________

Référence :

LE RENARD ET LES RAISINS (*) Jean de La Fontaine (publié en 1668)

Certain Renard gascon, d'autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille
Des raisins mûrs apparemment (1),
Et couverts d'une peau vermeille.
Le Galand (2) en eut fait volontiers un repas ;
Mais comme il n'y pouvait point atteindre :
Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.
Fit-il pas mieux que de se plaindre?

(*) Sources : Ésope (recueil Nevelet) et Phèdre (recueil Sacy) où la maxime était : "Le glorieux méprise ce qu'il ne peut avoir" !

(1) manifestement, de façon apparente et conforme
à la réalité.
(2) coquin, rusé

Autres versions de cette fable :

Benserade : Le Renard et les raisins.

Les plaisirs coûtent cher ! et qui les a tous purs ?
De gros raisins pendaient ; ils étaient beaux à peindre,
Et le renard n'y pouvant pas atteindre,
Ils ne sont pas, dit−il, encore mûrs.

Ce renard, dans le fond, était au désespoir.
On croit qu'il dit après, avec plus de franchise :
Les raisins étaient mûrs ; mais toujours l'on méprise
Ce qu'on ne peut avoir.

(Benserade – fables d'Ésope en quatrains 1678)
_________

Charles Perrault (1628- 1703) traduction des fables de Faeme

Le Renard et les Raisins.

Un Renard ne pouvant atteindre aux Raisins d'une treille, dit qu'ils n'étaient pas mûrs, et qu'il n'en voulait point.

Quand d'une charmante beauté,
Un galant fait le dégoûté,
Il a beau dire, il a beau feindre,
C'est qu'il n'y peut atteindre.

Charles Perrault (1699) traduction des fables de Faeme

origine : Fables d’Ésope - Traduction d’Émile Chambry - fable 32

LE RENARD ET LES RAISINS

Un renard affamé, voyant des grappes de raisin pendre à une treille, voulut les attraper ; mais ne pouvant y parvenir, il s’éloigna en se disant à lui-même : « C’est du verjus. »

Pareillement certains hommes, ne pouvant mener à bien leurs affaires, à cause de leur incapacité, en accusent les circonstances.
Fables d’Ésope - Traduction d’Émile Chambry ( traducteur du grec ancien , 1864 – 1938)

________

Traduction des fables d’Ésope réécrites en latin par Phèdre et traduite en français par Ernest Panckoucke, 1834

Livre IV FABULA III : VULPIS ET UVA (Phèdre 15 av. J.-C. à 50 de notre ère )

Famæ coacta vulpes alta in vinea
Uvam adpetebat, summis saliens viribus.
Quam tangere ut non potuit, discedens ait:
Nondum matura es; nolo acerbam sumere.
Qui, facere quæ non possunt, verbis elevant,
Adscribere hoc debebunt exemplum sibi.

FABLE III. Livre IV : LE RENARD ET LES RAISINS. (Panckoucke)

CERTAIN Renard, mourant de faim, convoitait des raisins qui pendaient d'une treille élevée. Il sauta de toute ses forces, mais il n'y put atteindre. « Ils ne sont pas mûrs, et je ne veux pas les cueillir pendant qu'ils sont verts, » dit-il en s'en allant.
CEUX qui méprisent ce qui est au dessus de leur portée, doivent prendre cet exemple pour eux.

mardi 19 février 2013

Texte sous forme de bégaiement

Le Baiser de Picasso - 1928

Atelier du 15 février 2013

consigne II - Texte sous forme de bégaiement

Ne vous lait


Ne vous laissez voulais du lait laissez pas c'est pas du laid
c'est pas guider par départ Guy guide en chemin
dévotion émotions des mots démolis,
ressenti émotif démoli le motif
gommée la maladie la phrase
gommée il l'a mal dit , il a mal, dit ?

(Brigitte)


Bébébégaiement


Ça vaut le coup
Cou
Coucou
Coup de cou
Cou coupé
Coupure de courant
Court circuit
Coup pour coup
Coupe
Coupe de ville
Coupe coupée
Coupe couleur
Coca-cola
Coco-coca
Coco-cocu
Cul cocasse
Casse cul
Casse-cou
Casserole
Cassandre
Casse-croûte
Casse-tête
Cou de Paul
Coupole
Bo-bo-bombardement
Bobo-bo-bo…

(Michel René Alix)


Vendredi 15 février


Vendredi.
Vendre et revendre le vent, le ventre, le ventre replet,
le ventre dit l'aventure de la devanture dure dure...
Vantardise d'un quint, d'un quinquet, d'un quinquina, d'un quintuplet.
Vantardise d'un quinze fait, d'un quinze félon, d'un quinze fielleux,
d'un quinze final, fétide, ferroviaire, félibre et libre à eux,
d'un quinze fiévreux
d'un quinze février

Et de vrille en vrille, de ville en ville, de vilain en vilain,
et de fil en vil être, être l'être, la lettre du hêtre, du dur être

Et de virée en virée, de virée en virement ils virent les Villepins, les vils lapins,
les vils épis, les vils képis, les vils qui épient, les vils épineux, et... Villepreux.

Tiens, le voilà le joueur de rugby à quinze qui finit par se montrer
en ce vendredi quinze février 2013.
Année de rugby cata-strophique.

(Rolland Pauzin)


références :
lien à écouter le Passionnément de Ghérasim Luca  :
Gherasim Luca récitant son poème PASSIONnement


Passionnément


pas pas paspaspas pas
pasppas ppas pas paspas
le pas pas le faux pas le pas
paspaspas le pas le mau
le mauve le mauvais pas
paspas pas le pas le papa
le mauvais papa le mauve le pas
paspas passe paspaspasse
passe passe il passe il pas pas
il passe le pas du pas du pape
du pape sur le pape du pas du passe
passepasse passi le sur le
le pas le passi passi passi pissez sur
le pape sur papa sur le sur la sur
la pipe du papa du pape pissez en masse
passe passe passi passepassi la passe
la basse passi passepassi la
passio passiobasson le bas
le pas passion le basson et
et pas le basso do pas
paspas do passe passiopassion do
ne do ne domi ne passi ne dominez pas
ne dominez pas vos passions passives ne
ne domino vos passio vos vos
ssis vos passio ne dodo vos
vos dominos d'or
c'est domdommage do dodor
do pas pas ne domi
pas paspasse passio
vos pas ne do ne do ne dominez pas
vos passes passions vos pas vos
vos pas dévo dévorants ne do
ne dominez pas vos rats
pas vos rats
ne do dévorants ne do ne dominez pas
vos rats vos rations vos rats rations ne ne
ne dominez pas vos passions rations vos
ne dominez pas vos ne vos ne do do
minez minez vos nations ni mais do
minez ne do ne mi pas pas vos rats
vos passionnantes rations de rats de pas
pas passe passio minez pas
minez pas vos passions vos
vos rationnants ragoûts de rats dévo
dévorez-les dévo dédo do domi
dominez pas cet a cet avant-goût
de ragoût de pas de passe de
passi de pasigraphie gra phiphie
graphie phie de phie
phiphie phéna phénakiki
phénakisti coco
phénakisticope phiphie
phopho phiphie photo do do
dominez do photo mimez phiphie
photomicrographiez vos goûts
ces poux chorégraphiques phiphie
de vos dégoûts de vos dégâts pas
pas ça passio passion de ga
coco kistico ga les dégâts pas
le pas pas passiopas passion
passion passioné né né
il est né de la né
de la néga ga de la néga
de la négation passion gra cra
crachez cra crachez sur vos nations cra
de la neige il est il est né
passioné né il est né
à la nage à la rage il
est né à la né à la nécronage cra rage il
il est né de la né de la néga
néga ga cra crachez de la né
de la ga pas néga négation passion
passionné nez pasionném je
je t'ai je t'aime je
je je jet je t'ai jetez
je t'aime passionném t'aime
je t'aime je je jeu passion j'aime
passionné éé ém émer
émerger aimer je je j'aime
émer émerger é é pas
passi passi éééé ém
éme émersion passion
passionné é je
je t'ai je t'aime je t'aime
passe passio ô passio
passio ô ma gr
ma gra cra crachez sur les rations
ma grande ma gra ma té
ma té ma gra
ma grande ma té
ma terrible passion passionnée
je t'ai je terri terrible passio je
je je t'aime
je t'aime je t'ai je
t'aime aime aime je t'aime
passionné é aime je
t'aime passioném
je t'aime
passionnément aimante je
t'aime je t'aime passionnément
je t'ai je t'aime passionné né
je t'aime passionné
je t'aime passionnément je t'aime
je t'aime passio passionnément

Ghérasim Luca - Le Chant de la Carpe, Ed. Le Soleil Noir 1973.

"La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la
métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie" étonne, étonne et et
et est un nom, un nombre de chaises, un nombre de 16 aubes et jets, de 16 objets
contre, contre la, contre la mort ou, pour mieux dire, pour la mort de la mort ou pour
contre, contre, contrôlez-là, oui c'est mon avis, contre la, out contre la vie sept, c'est à,
c'est à dire pour, pour une vie dans vidant, vidant, dans le vidant vide et vidé, la vie dans,
dans, pour une vie dans la vie.

extrait de "Héros-Limite" Ghérasim Luca (1913-1994)

Jean Lescure enfin, à l'humour toujours subtil, a réussi avec ses « poèmes pour bègues » des petits chefs-d'œuvre de poésie ludique.

Ex. : « Au zénith un zeste de zéphyr faisait zézayer le zodiaque » (Jean Lescure).

Mon avis
Le jardinier bégaie vraiment
quaqua(train) pour bébè(gue)

V.O.
Sisi féfé pourpou voirvoir
silesil hensshenss hètt hètté
vovo cricri meumeu zursur
dédé monmon deudeu momor

V.D.
Sisyphe est fait pour pouvoir voir
si le silence en cet été
vaut vos cris, crimes, mesures sûres
des démons, mondes de mots morts.

Jean Lescure, Poèmes pour bègues.

Tableau : Le Baiser de Picasso - 1928

lundi 18 février 2013

homosyntaxisme


Cupidon et Psyché de J-L David (1748-1825)


Atelier du 15 février 2013  


Consigne I - homosyntaxisme : écrire un texte respectant l'ordre grammatical d'un texte de référence :

L'ordre donné (S:substantif, V:verbe et A:adjectif) est le suivant :
VVSSSSASSVVSSSVSASVSASSSSVVSSASSV 
(le titre ne suit pas cette règle)

Complainte contre des menuisiers


Venez, vociférons sur les menuisiers, artisans.
La population de Gardanne révoltée, les habitants du quartier les feront s'activer.
Leurs clients, amis, relations l'apprendront.
L’électricien consciencieux (quel homme!) travaille.
La voisine sympa, Corinne et Amélie, Matthias et son père écoutent et minimisent.
Céline et Marina compatissantes, Christian et leurs amis patientent.
(Brigitte)

Trakis l’Outremangeur


Manger, était pour l’homme à la peau d’ours, une question vitale.
Trakis l’Outremangeur épiait et courrait le monde, entre vallées et montagnes, cherchant sans répit, une pitance comestible.
Lièvres, renards et rongeurs de tous poils détalaient et se terraient dans les terriers et les troncs creux mais aucune cache, aucun abri ne lui résistait.
(Françoise K.)
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à la Saint Valentin


Venez voir à la Saint Valentin ces tourtereaux, ces ravis crédules.
En ce jour, les simplets s'admirent et fixent les yeux de leurs amoureux dont les prunelles regorgent de sucre visqueux.
Les mains caressent les cuisses molles et les rotules sous les tables.
Les langues de ces goinfres se lèchent et remplissent de bave les bouches bées.

Saint Valentin, casse-toi !
(Rolland Pauzin)

(note j'ai considéré que Saint Valentin était fait de deux substantifs 
si on considère qu'il n'en fait qu'un on ajoutera : "fête de la" devant Saint-valentin


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Référence :
Quatre exemples de textes écrits par Jacque Bens, Georges Perec, Duchateau et Lescure ayant le même ordre de noms, verbes et adjectifs durant une séance de l'OULIPO :


Textes de références :

L’ensemble suit la série : VVSSSSASSVVSSSVSVASASVS , dans laquelle :

Georges Perec :
Voyons voir : César, Auguste, Tibère, Caligula l’équestre ; Claude ; Néron qui jouait à
V V S S S S A S S V
ravir du violon, Galba, Othon qui précéda Vitellius lequel n’était pas borgne ; Vespasien le
V S S S V S V A S
polyurique ;Titus, qui précéda Domitien.
A S V S

Jacques Duchâteau, (1929 -?) :
Regardez, vous arrivez sur la place où les femmes, les enfants et les hommes endimanchés,
VVSSSSA
la curiosité de tout un peuple se montre. Vous reconnaissez un visage, un ami. Un souvenir
SSVVSSS
vous trouble. Votre expression s’altère. Bouleversée par la clameur grandissante de la
VSVASA
foule, vous fermez les yeux.
SVS

Jean Lescure :
j'ai vu l'Afrique l'Asie l'Europe l’Amérique absurde, les pôles et les mers, j'ai goûté aux îles, aux prairies, aux neiges. J'aime leur néant. Je vis une vaste mort, une épaisse destruction. Je désire l'ombre assise, la surdité des guerres, la rigolade des averses. J'aurai marché dans des soleils, des mers énormes, des bouillasse. Le jeux se font.

Jacques Bens :
Vous voyez, vous revenez dans la cité de vos ancêtres. Les toits des maisons basses, le ruisseau même vous accueillent, vous sourient. Le maréchal ferrant, la laitière, le quincaillier lèvent la tête, s'étonnent d'un si grand prodige, d'une merveilleuse aventure : vous rentrez au pays ! Cependant que le concierge mutilé de la campagne du Rif, les semonce.  

Tableau : Cupidon et Psyché de J-L David (1748-1825)

lundi 4 février 2013

Terine mathématique

Jheronimus Bosch 1450 - 1516 /  Adoration de l'Enfant



Atelier du premier février 2013

Exercice 3/4 - écrire une terine à la Queneau utilisant des chiffres et termes mathématiques
Poème au format suivant : ABC CAB BCA où A B et C sont les mots finaux.

Si je suis ton demi
toi tu es ma moitie
allons faire un bébé

qu'il est beau ce bébé
il n'est pas réussi qu'à demi
il fait bien deux moitiés

allez, viens ma moitié
promenons ce bébé
qui ne dort qu'à demi

(Brigitte)

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Terine mathématique

Deux amoureux se regardaient entre quat'-z-yeux
mais leur unique enfant comme une Madeleine
pleurait dans le miroir d'un local des 4'zarts.

Ces deux beaux tourtereaux adoraient tant les arts
qu'un irradiant soleil reflétait dans leurs yeux
les souvenirs de Proust au goût de madeleine.

La fille – pauvre enfant du nom de Madeleine – 
passionnée par les maths et réfractaire aux arts
comptait les gouttes d'eau qui tombaient de ses yeux.

(Rolland Pauzin)


Numérologie


1, 2, 3 … Terine

Vive le mariage à huit
Et les rencontres à sept
Pour échangistes sans complexe

Ce qui devient très complexe
Hexadécimale, voire huit
Septadécimale, voire sept

Comment divise-t-on huit par sept ?
Sans qu’il en reste un qui ait un complexe ?
Et les autres qui s’en font à sa tête ?

4, 5, 6

Trois pelés et un tondu (une histoire vraie)

Madame X m’introduisit à ses deux maris à l’occasion d’une rencontre de salon. Les deux gaillards, à l’allure de bûcherons, me serrèrent agréablement la main, doux comme des gros matous.

Puis elle m’invita bruyamment à la rejoindre au second étage dans la salle de bain.

Je fis un clin d’œil interrogatif à ma copine, qui répondit en soulevant l’index et le balançant de gauche à droite plusieurs fois. C’était bon pour deux mais pas pour trois, ou bon pour trois mais pas pour quatre.

Trois pédés et une toison. Jamais deux sans trois. Mais jamais quatre sans l’approbation de ma copine !

7,8, 9

Trois fait bon ménage ; voyons, un ménage à trois. Un et un et un. En nombres latins, trois piliers relevant un temple. Un temple du troisième age. En nombres arabes, un gros nez et un gros menton ou peut-être une paire de fesses bien rondes. (Et pourtant les fesses, personne n’en a trois.)

10, 11, 12

Venez jouer sur ma grande pelouse
Ou nous ferons tous une belle partouze
Sans toutefois oublier d’inviter Toulouse

(Michel René Alix)


Historique de la terine venant de la sextine:

La sextine inventée au XIIIe siècle par le troubadour Arnaut Daniel et utilisée par Dante et Pétrarque, a été employée, jusqu’à nos jours par de nombreux poètes. On choisit d’abord six mots-clefs ne rimant pas. Le poème se compose de six strophes de six vers, qui se terminent par un des six mots-clefs.

Prenons pour mots-clefs :  un, deux, trois, quatre, cinq et six, finissants les vers de la première strophe. Et la règle de permutation permettant de passer à la strophe suivante donne :
Strophe I : Un Deux Trois Quatre Cinq Six
Strophe II : six un cinq deux quatre trois
Pour les mots-clefs de la strophe III, on procède par permutation de la même manière à partir de la strophe II. Le même principe permet enfin d’écrire successivement les strophes IV, V et VI.
Nota : si l’on écrivait une septième strophe en appliquant la même transformation de l’ordre des mots-clefs, on obtiendrait l’ordre de départ : un, deux, trois, quatre, cinq, six.

La n-ine, qui généralise la sextine, est un poème de n strophes (n étant un nombre entier), chaque strophe a  n vers, chaque vers de chaque strophe doit se terminer par un mot-clef différent. On se donne n mots-clefs qui terminent les n vers de la première strophe. Dans la seconde strophe le premier mot-clef vient à la place 2, le deuxième à la place 4, et ainsi de suite (en multipliant par 2 tant que possible). Les places manquantes sont alors remplies par les autres mots en revenant en arrière
(ici dans la quinine le troisième mot remplit le plus grand nombre impair cad 5, puis le quatrième mot le nombre impair précédent : 3 et enfin le cinquième se retrouve en première ligne)
Exemple : quinine (n=5)
Strophe I : 1 2 3 4 5
Strophe II : 5 1 4 2 3
Strophe III : 3 5 2 1 4
Strophe IV : 4 3 1 5 2
Strophe V : 2 4 5 3 1

Dans une n-ine, deux strophes distinctes ne peuvent pas avoir la même disposition. Supposons ainsi qu’on essaye d’écrire une 4-ine (ou Catherine). On a successivement :
Strophe I : 1 2 3 4
Strophe II : 4 1 3 2
Strophe III : 2 4 3 1
Strophe IV : 1 2 3 4
La strophe IV ayant la même disposition que la strophe I, on ne peut composer de quenine de 4.
Les nombres entiers pour lesquelles la n-ine (quenine) existe se nomment nombres de Queneau.

La n-ine de 3 s’appelle terine. elle a trois strophes de trois vers se terminant chacun par un des mot-rimes choisis suivant l’ordre
strophe 1 : 1 2 3 ; strophe 2 : 3 1 2 ; strophe 3 : 2 3 1

Machaut chantait que sa fin
Était son commencement,
Et le contraire. Au milieu,

Rien qui dise qu’un milieu
trouve en entre deux sa fin,
l’an de son commencement.

Bouge le commencement
qui passa par le milieu
comme y eut passé la fin.

Voir le site de l'OULIPO pour plus d'explications et d'exemples.

Tableau : Jheronimus Bosch 1450 - 1516 /  Adoration de l'Enfant


jeudi 13 décembre 2012

traduction métamorphose de Narcisse


Salvador Dali - la métamorphose de Narcisse

Atelier 14 décembre 2012

1 - Consigne : choisir une qualité et un défaut d’un être humain : généreux, souple, élégant… méchant… (au moins 5 lettres)

Ensuite disposer les lettre de l’adjectif choisi (1 des 2) verticalement et puis écrire une phrase suivant chacune de ses lettres de façon à décrire sa maison ou ses vêtements ou sa voiture ou autre chose dont il est le propriétaire. Sans jamais employer cet adjectif (ou même un mot de la même famille) mais le lecteur doit comprendre qu’effectivement cette description correspond bien à cette qualité/défaut.
Exemple :

Beaucoup d’hommes sont méchants, bagarreurs, violents, sournois mais Pierre lui, est l’opposé de tout ça
On s’en rend compte quand il vous sourit, vous offre un cadeau, vous console.
Nuire aux autres, il ne saurait le faire.

2 - Consigne : réécrire le texte de Dali en ne gardant que les voyelles dans l’ordre initial et en changeant librement les consonnes.

Un amant dans l’or miré  admire l’esprit ivre de sa mine,
Le reflet dure. Il  voit l’os d’un  mutant.

Un grand front rongé attire vers  l’avant les hivers passés.
Amant où est gravé l’éthéré?
Y vois-tu l’être mort ?
Feins-tu d’arrêter l’arc temps ?
Tu opposes le vécu du gras membre à l’ordre ravi.

Quand l’anatomie claire et divine de Narcisse
 se penche sur le miroir obscur du lac,

quand son torse blanc plié en avant
 se fige, glacé,
 dans la courbe argentée et hypnotique de son désir,
 quand le temps passe
 sur l’horloge des fleurs du sable de sa propre chair,

Narcisse s’anéantit dans le vertige cosmique
 au plus profond duquel chante
 la sirène froide et dionysiaque de sa propre image.
 Le corps de Narcisse se vide et se perd
 dans l’abîme de son reflet,
 comme le sablier que l’on ne retournera pas.

Narcisse, tu perds ton corps,
 emporté et confondu par le reflet millénaire de ta disparition,
 ton corps frappé de mort
 descend vers le précipice des topazes aux épaves jaunes de l’amour,
 ton corps blanc, englouti,
 suit la pente du torrent férocement minéral
 des pierreries noires aux parfums âcres,
 ton corps…
 jusqu’aux embouchures mates de la nuit
 au bord desquelles
 étincelle déjà
 toute l’argenterie rouge
 des aubes aux veines brisées dans « les débarcadères du sang ».

Narcisse,
 comprends-tu ?
 La symétrie, hypnose divine de la géométrie de l’esprit, comble déjà ta tête de ce sommeil inguérissable, végétal, atavique et lent
 qui dessèche la cervelle
 dans la substance parcheminée
 du noyau de ta proche métamorphose.

La semence de ta tête vient de tomber dans l’eau.
 L’homme retourne au végétal
 et les dieux
 par le sommeil lourd de la fatigue
 par l’hypnose transparente de leurs passions.
 Narcisse, tu es si immobile
 que l’on croirait que tu dors.
 S’il s’agissait d’Hercule rugueux et brun,
 on dirait : il dort comme un tronc
 dans la posture
 d’un chêne herculéen.
 Mais toi, Narcisse,
 formé de timides éclosions parfumées d’adolescence transparente,
 tu dors comme une fleur d’eau.
 Voilà que le grand mystère approche,
 que la grande métamorphose va avoir lieu.

Narcisse, dans son immobilité, absorbé par son reflet avec la lenteur digestive des plantes carnivores, devient invisible.

Il ne reste de lui
 que l’ovale hallucinant de blancheur de sa tête,
 sa tête de nouveau plus tendre,
 sa tête, chrysalide d’arrière-pensées biologiques,
 sa tête soutenue au bout des doigts de l’eau,
 au bout des doigts,
 de la main insensée,
 de la main terrible,
 de la main coprophagique,
 de la main mortelle
 de son propre reflet.
 Quand cette tête se fendra
 Quand cette tête se craquellera,
 Quand cette tête éclatera,
 ce sera la fleur,
 le nouveau Narcisse,
 Gala – mon narcisse

***

Salvador Dali (1904-1989)

Référence : Homovocalisme voir l'exemple de Jacques Bens 

Au clair de la lune
Mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot

Au train de nature
Nos amitiés d'or
Quel émoi s'allume
Douce brise union.




TABLEAU : la métamorphose de Narcisse (de Salvador Dali)