Gif Atelier


L'atelier d'écriture de Gardanne se déroule au siège de l'AAI, 35 Rue Borely, 13120 Gardanne
chaque vendredi de 14h à 16h.
Pour contacter l'AAI utiliser l'adresse e-mail : aai.esj@wanadoo.fr ) ou téléphoner au 0442515299

L'atelier d'écriture de la Méjanes d'Aix se déroule chaque jeudi de 10h à 12h à la Mareschale, 27 avenue de Tübingen 13090 Aix-en-Provence (TEL : 04.42.59.19.71 - e-mail Ecrits.Alaai@gmail.com ) et aussi le premier lundi du mois (même heure, même lieu).

L'animation ci -dessous représente l'aspect avant tout ludique de cet atelier gratuit ouvert à tous. Du rire et de la légèreté...

vendredi 22 mars 2013

autobiographie d'un objet

Edvard Munch - Aunt Karen in the rocking-chair-1883



Atelier du 22 mars 2013 - autobiographie d'un objet

Consigne 2 : écrire un texte du point de vue d'un objet qu'on ne dévoilera qu'à la fin. C'est l'objet qui parle de lui à la première personne du singulier.

Je me souviens d’elle, alors que toute petite elle s’endormait entre mes bras. Je l’ai vu grandir, j’ai consolé son premier chagrin en la berçant doucement. J’ai déclenché ses fous rires lorsqu’elle et moi nous laissions emporter dans une danse folle.
Un jour merveilleux, elle est devenue mère et je les ai doucement portés elle et son enfant.
Puis elle a vieilli. Elle a aimé se réfugier contre moi pour rêver et se souvenir d’autrefois.
Un triste soir, elle s’est endormie dans mes bras. Définitivement.
Elle a quitté la maison et ceux qui l’ont remplacé ne m’ont pas trouvé beau. Moi aussi, j’étais devenu vieux. Mes articulations grinçaient si fort et mon dos était si déformé par le poids des ans et des corps.
Eux n’avaient pas d’histoire avec moi, pas de souvenirs, pas d’affection. Alors ils ont décidé de se débarrasser de moi. Ils m’ont installé à l’arrière de leur voiture, m’ont conduit dans un coin de campagne sale et m’ont abandonné sur un tas de détritus.
Quelquefois quelqu’un vient. Il m’observe, m’évalue, se demande s’il peut encore faire quelque chose de moi et puis finalement me laisse. Il parait que je suis trop démodé.
Qui voudrait encore d’un vieux fauteuil à bascule ?
(Françoise K.)

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Je sens trois doigts qui me soulèvent et me presse. Est-ce que je sue trop. Est-ce que je saigne ? En tout cas je me vide. Personne ne m'a rien demandé, comme d'habitude et me voilà qui suis forcé de travailler et de suer sang et eaux. Du moins c'est ainsi que je le ressens. Si au moins ces doigts avaient la douceur d'une princesse mais non ! Ils sont rugueux, vieillis, durs... et me traitent comme un esclave. Parfois ils me jettent d'un geste brusque et énervé sur cette belle table en chêne et je m'attends à ce qu'un nouveau viol se produise alors que je ne suis qu'abandonné. Je me sens blessé, du moins plus moralement que physiquement car je sais roule-bouler comme un champion. Il m'a fallu un certain temps pour m'habituer à cette situation, moi qui ai vécu longtemps avec mes frères dans un petit espace calme et reposant. Nous avions des formes très semblables. On aurait pu croire que nous étions des jumeaux mais nos couleurs si variées trahissaient nos naissances. Nous venions bien de la même matrice mais en des temps et des lits différents.
Et dire que l'on m'a baptisé de ce nom court faisant penser aux chèvres : Bic.
Ah! Que la vie du stylo d'un vieil acariâtre est dure !
(Rolland Pauzin)

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Exemple : un poème de Jacques Réda que j'ai légèrement modifié (voir en gras) pour que l'objet soit caché et ne se révèle vraiment qu'au dernier vers. (cet exemple n'utilise pas le je qu'il faudra utiliser)

Retour au calme


Passant dans la rue un dimanche à six heures, soudain,
Au bout d’un corridor fermé de vitres en losange,
On voit un torrent de soleil qui roule entre des branches
Et se pulvérise à travers les feuilles d’un jardin,
Avec des éclats palpitants au milieu du pavage
Et des gouttes d’or — en suspens aux rayons d’un cadeau.
C’est un grand objet noir, de proportions parfaites,
Qui touche à peine au mur. Il a la grâce d’une bête
En éveil dans sa fixité calme : c’est un oiseau.
La rue est vide. Le jardin continue en silence
De déverser à flots ce feu vert et doré qui danse
Pieds nus, à petits pas légers sur le froid du carreau.
Parfois un chien aboie ainsi qu’aux abords d’un village.
On pense à des murs écroulés, à des bois, des étangs.
L'amie porteuse vibre alors, on dirait qu’elle entend.
Et voudrait-on s’en emparer, puisque rien ne l’entrave,
On devine qu’avant d’avoir effleuré son giron
Éblouissant, on la verrait s’enlever d’un seul bond
À travers le vitrage à demi noyé qui chancelle,
Et lancer dans le feu du soir les grappes d’étincelles
Qui font des roues de mon vélo deux astres en fusion.

Tableau : Edvard Munch - Aunt Karen in the rocking-chair-1883