Gif Atelier


L'atelier d'écriture de Gardanne se déroule au siège de l'AAI, 35 Rue Borely, 13120 Gardanne
chaque vendredi de 14h à 16h.
Pour contacter l'AAI utiliser l'adresse e-mail : aai.esj@wanadoo.fr ) ou téléphoner au 0442515299

L'atelier d'écriture de la Méjanes d'Aix se déroule chaque jeudi de 10h à 12h à la Mareschale, 27 avenue de Tübingen 13090 Aix-en-Provence (TEL : 04.42.59.19.71 - e-mail Ecrits.Alaai@gmail.com ) et aussi le premier lundi du mois (même heure, même lieu).

L'animation ci -dessous représente l'aspect avant tout ludique de cet atelier gratuit ouvert à tous. Du rire et de la légèreté...

vendredi 28 septembre 2012

autobiographie fictive à travers le regard d'une célébrité


Ma vie avec le docteur Lacan


"Un livre est l'autobiographie
de son titre et comme tel, la narration
d'une singularité", Fin de citation.

1.
A vingt ans je découvris très belle une amie d'enfance. Je l'aimai. Elle s'appelait Sylvia.

2.
Son père était Paul Bénichou. Sa mère, Gina, était née Labin.

3.
Nous allâmes un jour voir un film de Jean Renoir. Le crime de Monsieur Lange. J'appris que l'actrice principale avait été amie très proche de Gina Labin-Bénichou. Son nom était Sylvia Bataille.

4.
Je me rappelle que Paul Bénichou, toujours d'une élégance irréprochable, parla plusieurs fois, en ces temps anciens, des gilets colorés que portait, en leur commune jeunesse, son ami Lacan. Il me semble que c'était avec une discrète ironie.

5.
Nous eûmes une fille, dont le prénom fut Laurence : Laure est un prénom provençal, le prénom de la cousine de mon père, qui vivait à Saint-Jean du Var ; un prénom de poésie. Par ailleurs Laurence Bataille était la fille de Sylvia Bataille.

6.
En 1961, après le suicide de mon frère j'étais, militaire rapatrié médical du Sahara, au pavillon des isolés de l'hôpital du Val-de-Grâce. Le docteur Lacan accepta la responsabilité de ma sortie, et de mon retour dans mes foyers. Il me reçut une heure chez lui. Je ne me souviens que de silence.

7.
En 1965 probablement, en compagnie d'un de mes amis d'alors, le mathématicien Philippe Courrèges, je lus et essayai de comprendre le Séminaire sur la lettre volée.

8.
Un jour, à la fin de 1968 je crois, je reçus un coup de téléphone. Je décrochai et entendis une voix dire : "C'est moi". Il y eut un nouveau silence. "Ici Lacan" (je ne suis pas sûr des ces mots-là, mais je suis certain des deux premiers), "il faut que nous nous voyions."

9.
Nous prîmes donc rendez-vous ; je vins le chercher chez lui, rue de Lille ; nous avons marché dans la rue ; mais il ne m'a pas dit pourquoi il m'avait convoqué.

10.
Ainsi, nous nous étions rencontrés deux fois.

11.
Je ne l'ai jamais revu.



Jacques Roubaud, édition l’attente, 2004.

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Commencé aujourd'hui ce journal : désireux que je suis de noter mes toutes premières impressions.
Désagréables.
Le lait chaud comme ils appellent ça, c'est dégoûtant ; ça ne vaut pas le liquide amniotique.
On m'a lavé  et me voici encore tout aveugle dans mon berceau. C'est très intéressant.
Dormi vingt heures. Pleuré quatre. Décidément, je ne me fais pas au lait chaud.
J'ai fait aussi : dans mes langes.
Papa dit que je serai écrivain. Il me prit dans ses bras, mais il faillit me laisser tomber. La nurse l'a disputé ; c'est elle qui me saupoudre les génitoires avec de la poudre de talc.
Pleuré. Dormi.
Dormi. Pleuré.
Je commence à m'habituer au lait chaud, que je ne trouve point si désagréable . Lu Iphigénie.
Suivi un doigt dans l'espace : c'est une expérience, car j'ouvre maintenant les yeux.
Relu Iphigénie.
Je reprends ce journal après soixante-quatorze ans d'interruption. Je suis bien fatigué.

Dormi, pleuré  de Raymond Queneau, Le Castor Astral, 1996

Consigne :

  1. écrire 5 phrases commençant par « je me souviens de » suivi du nom d’une personne connue.
  2. Passer la feuille à son voisin de gauche qui va choisir une de ces 5 phrases
  3. Reprendre sa feuille et écrire sur 8 pages A6 des souvenirs fictifs mais à l’apparence autobiographique, tout en utilisant le personnage de sa phrase choisie par le voisin.


Les textes crées :

Camille Claudel, L'âge mûr (Musée d'Orsay, Paris, 1899)

  1. « Je hais Auguste, il me vole mon art comme si je le lui devais. »
  2. Je suggère à Camille de se détacher de lui mais elle l’aime trop
  3. Elle me dit qu’elle préfère être dépossédée de ses œuvres plutôt que de ne plus être sa maîtresse.
  4. Je ne peux pas accepter ce choix et lui dit qu’Auguste est égoïste, nombriliste, manipulateur.
  5. Elle me dit que je me trompe et qu’il l’aime sans le montrer.
  6. Je lui dis qu’elle se voile la face, que je suis en colère contre lui, mais c’est sa vie et c’était son destin. Elle l’a accepté.
  7. Elle me dit que j’ai trop influé consciemment sur les évènements dans ma propre vie.
  8. Je luis dis que je le réalise maintenant et qu’elle a raison, on ne doit pas se mentir à soi-même et aller contre ce qui est écrit.

 (auteur anonyme)

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Le et la vie

Tout ce que vous voulez savoir sur le sexe, la vie et le vit (Woody Allen)





Je me souviens quand à 30ans je m’allongeais sur le divan de Woody Allen,
le psy si branché sur le sexe que cela en devenait amusant.
Je lui racontais mes déboires amoureux. Lui écoutait.

À Trois ans, mon amie Sophie, qui n’était pas sage, m’avait mordu la langue.
J’en conclut qu’elle voulait manger de la langue de bœuf
et donc en bon sophiste que je suis : j’étais un bœuf !

À trente-cinq ans, je me retrouvais avec des poulets qui me parlaient de bœuf aux carottes.
En bon sophiste j’en conclut que j’étais roux comme un poil de carotte.
Pourtant le miroir me renvoyait l’image d’un brun !

J’étais donc Monsieur Brun quand Woody Allen me demanda mon nom.
Mais il partit dans une analyse judéo-judéante qui me faisait monter une vache dans un rodéo.
Le genre d’image débile qui amuse tous les new-yorkais et les Woody !

À cinquante ans, je revis Woody qui semblait perdu en sortant de l’hôtel Shelbourne au centre de Dublin.
Je voulus l’aider en lui demandant ce qu’il avait appris sur le sexe …
Mais il était sourd !

Pas un mot.
Pas une lettre.
Pas un point !

Je me replonge à nouveau dans mon passé.
À 15 ans j’ai adoré Annie Hall qui sortait des mains de Woody.
Je la voulais sur mes genoux !

Catastrophe !
Voilà-t-y pas que je me suis retrouvé avec un Woody sur mes cuisses !
Bon, je passe l’épisode sous silence.

C’est seulement à 37ans que j’ai surmonté cette douloureuse expérience.
Je m’étais rasé de près et la femme de Woody me caressait.
J’étais au pays du rêve et je parlais anglais.

À trente-huit ans j’ai voulu revoir Woody mais je me suis retrouvé avec Zelig qui se prenait pour Woody.
Il me filmait et moi je ne réalisais pas qui j’étais.
En fait, j’étais perdu…

… perdu jusqu’au jour où je me suis retrouvé à 45 ans.
Malheureusement, j’étais au fond du trou, je broyais du noir  
et Woody, très politiquement correct, me dit : « Ici, aux USA, il est interdit de broyer du black ! »
Je n’en dormis plus de la nuit !

Deux ans plus tard je revins le voir en lui rappelant que j’étais Brun
et donc ne pouvais pas être raciste envers les noirs !
Il me comprit et m’autorisa à re-broyer du noir !

De 45ans à nos jours j’ai mangé de la soupe à la grimace
chaque fois que j’ai revu les photos de Zelig et les films de Woody.
De 45 ans à nos jours j’ai bu du rhum brun et du rhum roux.

2012. Je suis mort.
L’alcoolisme m’a tué.
Woody m’a tué.
Omar est innocent et cela l’amuse.

2012. L’enfer ou le paradis ?
Dieu me pose la question.
Je réponds en bon sophiste et ma réponse m’envoie en enfer.

Comme vous voyez, il ne faut jamais rencontrer Woody
ou vous allez finir chez Satan, comme moi..
Triste ce Woody, non ?

Signé M. Brun (né le 29 février 1955 – mort de Rhum à Tismes)

(Traduit de l’inuit par Rolland Pauzin)

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Noël ! 
Impérissable
Divertissement 
D'
Avant  !
Idée
Géniale
Longuement
Étudiée !
                 ( N I D . D A I G L E )

L'avantage du père noël c'est que chaque année il revient.

La 1° fois c'était à Fayl-billot, je ne voulais pas dormir, mais au petit matin il était passé, les jouets étaient sous le sapin.
Après c'était à Vientiane, il descendait d'hélicoptère, j'étais en short il faisait chaud, lui devait avoir très chaud!


Ensuite c'était à Langres pour le noël de la classe ,mais là je l'avais démasqué !
Après c'était chez les beaux-parents à Épernay. Je faisais le père noël.
Ensuite se fût à Laval, je jouais le personnage avec des cousins, les enfants étaient contents. Nadine a annoncé qu'elle était enceinte, surprise.
Et puis après c'était en bourgogne du côté de Gevrey-Chambertin entre copains copines, j'avais caché les cigarettes de "Nesibe" elle était prête à faire 100 km pour en acheter quand je les lui ai rendues elle m'a « tué » du regard .
Puis la fois à Troyes avec des amis on faisait en même temps mes 40 ans, souvenir pas impérissable!!!!
Une fois c'était à Dijon nuit agitée, retour incertain, période difficile .
Plus récemment à Langres ça correspond en plus avec l'anniversaire de ma mère .
Il y a 3 ans c'était à Bandol, noël difficile mais c'était obligé.
Une des dernières fois c'était à côté de Chaumont, on faisait aussi les 80 ans de ma mère, il faisait froid, ambiance très "space".
Voilà, il y en a eu d 'autres bien sûr, mais ces souvenirs sont espacé dans le temps et de plus il y a des périodes que l'on préfère oublier.

(Ch. Duvoy)

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Être Coluche


Par Michel Alix

                                    Il y avait une fois un mec… Vous l’avez entendue ?

Gallimare ã2012. Collection Gallimare-en-a-mare.
Tous droits réservés pour tout pays en toutes conditions et à tout jamais.


                                                                        1

Il m’a demandé une fois : « Sais-tu pourquoi tu es Michel et moi je suis Coluche ? »

J’ai répondu : « Non.»

Et puis j’ai réfléchi. Il semblait me rappeler, avant ma naissance, d’attendre en file pour une distribution d’identités. Je le lui ai dit. Il m’a regardé gravement de son air de paysan déluré, puis sans rien ajouter, fit ronfler sa moto plusieurs fois et déguerpit.

                                                                        2
J’ai rencontré Coluche un soir de pluie sur une route d’Italie. Il faisait de l’auto-stop avec sa copine de l’époque, Margarita Pontevecchio, une ex-actrice porno. Pour aguicher les voitures, elle se déshabillait allégrement pendant que Coluche courrait derrière elle avec les valises et les vêtements délaissés. C’était une scène de burlesque toute sortie d’un filme de Fellini.

Je ralentis ma trois chevaux et klaxonnai pour indiquer qu’ils avaient trouvé un preneur. Margarita était presque nue et Coluche boitait, alourdi par les habits et les bagages.

« Vous allez à Paris ? » il demanda, féroce.

« Non, Strasbourg. »

« Ça  marche ! »

 Il claqua la portière en montant et s’affaissa sur le siège du mort. La Pontevecchia se rhabillait tranquillement à l’arrière et nous alluma des cigarettes (les miennes). Dehors la pluie tapotait sur la capote de la caisse avec un rythme de batteur de jazz saoul. 

Coluche se mit à improviser son monologue comique : « Il y avait une fois un mec… Vous l’avez entendue ? Oui ? Non ? » Et la route disparaissait sous nos roues comme les nuages sous le parcours d’un tapis volant.






                                                                        3

Quinze années plus tard, il était mourrant, fracassé, plié en accordéon sous les pneus d’un gros camion. Il tournait ses grands yeux vides vers moi en essayant de me dire quelque chose – quelque chose d’important. Et je me forçais par la concentration à réduire la cacophonie des sirènes des ambulances et des klaxons de la police. Finalement, il approcha sa bouche de mon oreille.

« Il y avait une fois un mec. Tu l’as entendu ? Tu la connais ?» 

                                                                        FIN