Gif Atelier


L'atelier d'écriture de Gardanne se déroule au siège de l'AAI, 35 Rue Borely, 13120 Gardanne
chaque vendredi de 14h à 16h.
Pour contacter l'AAI utiliser l'adresse e-mail : aai.esj@wanadoo.fr ) ou téléphoner au 0442515299

L'atelier d'écriture de la Méjanes d'Aix se déroule chaque jeudi de 10h à 12h à la Mareschale, 27 avenue de Tübingen 13090 Aix-en-Provence (TEL : 04.42.59.19.71 - e-mail Ecrits.Alaai@gmail.com ) et aussi le premier lundi du mois (même heure, même lieu).

L'animation ci -dessous représente l'aspect avant tout ludique de cet atelier gratuit ouvert à tous. Du rire et de la légèreté...

vendredi 12 octobre 2012

La première gorgée de bière et des instants gardannais


Vendredi 12 octobre 2012

Consigne: écrire des instants minuscules à la manière de Philippe Delerm

Train à vapeur 

La pancarte et la fiancée


   On sait bien que, quand on est amoureux on fait n’importe quoi, surtout à 15 ans.
   On attend sa dulcinée. On sait qu’elle va arriver vers 17h et qu’après on va se balader en la raccompagnant chez elle mais en prenant le chemin le plus long.
   Quand on arrive sur le lieu où elle est, normalement là on la cherche du regard, si on ne la voit pas tout de suite, c’est la panique et on tourne la tête à gauche, à droite. On regarde sa montre, peut-être qu’elle ne marche pas, qu’elle est en panne. On tapote dessus. Si ! La trotteuse fonctionne.
   Alors qu’est-ce qui se passe ? le bus ? En retard ou il était en avance et elle est déjà partie sans nous attendre ? Pas possible.
   On avance doucement sans savoir où aller et tout à coup un bruit de gros moteur. C’est le bus qui arrive derrière mais on se retourne tout content et on ne se rappelle plus qu’il y a un superbe panneau en béton et quand il nous arrive dans la tête, le son du choc fait qu’on n'entend plus le bruit du moteur ni celui de l’être attendu. On a l’air tout simplement con, surtout que ce n’était pas le bon bus !
(Chritian Duvoy)

Le réveil sonne


   Le réveil sonne. On l’éteint violemment. On enfile les pantoufles au radar. Bon sang ! Où est passé le pied gauche ?. On s’enroule dans la robe de chambre qui traîne parterre. On renverse du déca  à coté de la tasse, sur la robe de chambre puis on se pose sur le coin du canapé avec déjà la clope au bec. Ah ! La première bouffée qui nous fait nous arrondir et replonger au fond de la robe de chambre en tournant la cuillère dans la tasse. Merde ! On n’a pas mis le sucre ! On la tète cette première clope avec des gorgées de déca intercalées. Elle est déjà finie.
   Bon, on en allume une autre ou on file à la salle de bain en s’interdisant de réfléchir ?
   On abandonne la chaleur du lit sur le canapé en même temps qu’on sort de la robe de chambre en se disant :
Pourquoi si tôt ?  
(Brigitte)

Un jour ordinaire qui commence


      Un rayon de soleil pénètre la chambre qui s’envahit de bien-être. On se perd en songes quand soudain : « Chéri, le petit déjeuner est prêt. J’ai été acheté des croissants. »
-         Merci amour, tu peux me passer ma rocbe de chambre. Je vais te conduire à ton travail si tu veux. C’est sur ma route.
-         Merci. C’est sympa. Et ce soir comment je rentre ?
-         Je viendrai te chercher.

On est si bien quand la journée commence si bien. Comment décrire ces moments ordinaires ? On ne demande rien et même le patron vous ouvre la porte en entrant au bureau… Quand soudain on entend une sonnerie qui nous ramène à une réalité un peu moins plaisante.
Après tout, on est quand même pas si mal quand on prépare le petit déjeuner pour tout le monde.
(Didier L.)

Marseille-Ajaccio


   On s’amusait bien avec mes cousins durant la traversée Marseille-Ajaccio quand on était petit. On ne dormait pas de la nuit. On explorait le bateau dans tous ses recoins. On passait des heures à jouer aux jeux vidéo.
   On tapait aux portes des chambres des autres passagers pour les réveiller. On versait de la soupe de notre grand-mère dans les toilettes et dans les couloirs pour faire croire que c’était du vomis…
   On rigolait bien à cette époque.
(Florent C.)

Les flyers


   Lorsqu’on marche au centre ville c’est parfois qu’on a quelque chose de précis à y faire. Un rendez-vous avec un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps, ou chez le médecin ou des courses à faire dans ce si joli magasin. Parfois, on n’a pas d’objectif précis et on sort juste pour prendre un peu l’air. On a passé la journée enfermé, sur l’ordinateur et on se dit qu’un peu d’animation ferait du bien. Mais on sort rarement dans l’intention de collecter des programmes culturels.
   Le flyer ou autre plaquette colorée se présente à l’improviste. Il surgit à la hauteur du comptoir d’un café. Il est exposé sur un présentoir de boutique pour attirer le chaland. Il surgit parfois d’endroits parfois improbable : boulangerie, boucherie, camion à pizza. Ses couleurs vives attirent l’œil. On se laisse tenter. On aura bien un moment pour aller au spectacle. Ou alors on est très disponible. On fait la razzia. On les prend tous. Même ceux des autres départements. On sait jamais. On ira peut-être.
   Les flyers viendront donc s’entasser au fond du sac. On aura bien un moment pour les consulter. Voir ce qui est vraiment intéressant. On en prend d’autres au cas où.
Puis on jette le tout quand le sac à main déborde.
 (Zoeffine)

Le voyage dans le train des vacances


   À la période des vacances, on prenait le train pour aller voir la famille. Un train à vapeur ou parfois un des premiers trains électriques.  On cherchait le bon wagon puis on trouvait le bon compartiment avec ses deux banquettes faites de quatre sièges et trois accoudoirs. Une cloison épaisse séparait cet espace vital du compartiment suivant. Aussi on s’appropriait son nouvel habitat, sa nouvelle caravane.
   Les premiers bonjours étaient timides, les premiers pas pour trouver sa place sous une photo en noir et blanc d’un paysage bien français étaient précautionneux et puis on s’asseyait. Chacun jaugeait et jugeait probablement ses nouveaux voisins. On attrapait le rictus d’un d’eux mais dès qu’il tournait la tête on en faisait de même en donnant l’impression de n’être intéressé que par les photos ou le contenu d’un cendrier. Surtout ne pas sembler être trop curieux ou pire voyeur.
   Au bout d’une vingtaine de minutes une première conversation commençait généralement sur le temps ou le paysage ou la fenêtre entre-ouverte qui laissait passer un peu trop de fumée. Des phrases sages et polies jusqu’au moment du casse-croûte. Là, une personne sortait de son sac le pain, le vin (si c’était un homme) et le sauciflard ainsi qu’un Opinel de bonne taille. Premières bouchées suivies des premières offres aux voisins : « Vous prendrez bien un peu de saucisson. C’est du pur porc, vous savez. »
   Premiers sourires, premiers refus de politesse, un autre panier était ouvert par la mère près du couloir. Elle aussi offrait un bon sandwich d’abord à son enfant qui regardait les pilonnes et les vaches défiler à travers la vitre plus ou moins tachée puis aux colocataires temporaires. Premières blagues, premiers éclats de rire, premiers rappels à l’ordre sous la forme de coups de sifflets.
   La locomotive 241 P 35 ralentissait et s’arrêtait à la gare. Des passagers aux valises lourdes descendaient et l’on entendait divers « dépêche-toi ». La tension de ces vagues montantes et descendantes contrastait avec le ton désormais rigolard envahissant le compartiment. Au son du sifflet du départ, l’enfant qui avait un besoin pressant pouvait enfin aller aux toilettes – l’interdiction était passée – et pendant qu’il s’était éclipsé des bouquets de compliments sur cet enfant « bien sage » étaient envoyés à la maman.
   Trois heures de partage dans cette ambiance chaleureuse avaient détendu les zygomatiques avant les pressés « dépêche-toi » de la fin de son voyage.   

(Rolland Pauzin avant qu’il ne lise la version de Philippe Delerm qui contient pas mal de détails très similaires tel l’Opinel, le saucisson, les photos en noir et blancs, les regards … mais je pardonne P. Delerm pour son plagiat par anticipation. Ah ! si Rolland avait siroté la première gorgée de bière de Philippe plus tôt, il n’y aurait pas eu de « copiste » dans cet atelier !)

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Texte lu avant de faire l'exercice : L'inhalation de Philippe Delerm (un des 34 textes de la première gorgée et les plaisirs minuscules)


L'inhalation


   Ah! Les petites maladies de l'enfance vous laissent quelques jours de convalescence, à lire au lit des Bugs Bunny! Hélas, quand on vieillit, les plaisirs de la maladie deviennent rares. Il y a le grog, bien sûr. Prendre un bon grog corsé tout en se faisant plaindre est un moment précieux. Mais plus subtile peut-être est la volupté de l'inhalation.

   On ne s'y résout pas tout de suite. De loin, l'inhalation paraît amère, vaguement vénéneuse. On l'assimile aux gargarismes, qui laissent dans la bouche un goût fade et cuivré. Mais après tout, on est si mal, la tête lourde et prise. On a soudain l'impression qu'un peu de mieux viendra de la cuisine. Oui, près du fourneau, de l'évier, du réfrigérateur, une espèce de simplicité fonctionnelle peut vous soulager. Le flacon de Fumigalène est là, sur l'étagère, à côté des sachets de tilleul et de thé. Sur l'étiquette, un profil démodé happe avec délice une volute de fumée blanc neige. C'est cela qui décide: cette impression de renouer avec un rituel démodé.
   On fait chauffer de l'eau. Autrefois, on avait un inhalateur en plastique dont les deux parties se déboîtaient toujours et qui laissait des cernes sous les yeux. En éloignant un peu son livre, on pouvait même lire. Mais maintenant, on a perdu cet appareil, et c'est encore mieux. Il suffit de verser l'eau bouillante dans un bol, d'y ajouter une cuillère de ce liquide doré, translucide, qui aussitôt versé diffuse un nuage verdâtre, pois cassé. On se couvre la tête d'une serviette-éponge. Voilà. Le voyage commence, et l'on est englouti. De l'extérieur, on a toutes les apparences de quelqu'un qui se soigne sainement, avec une énergie mécanique et docile. En dessous, c'est autre chose. Une sorte de ramollissement cérébral gagne, et on plonge bientôt dans une moiteur confuse. La sueur monte aux tempes. Mais c'est à l'intérieur que tout se joue. Une respiration régulière, profonde, apparemment vouée à la libération méthodique des sinus, initie au pouvoir du Fumigalène pervers. Parfaitement immobile, on erre délicieusement avec des gestes d'une ampleur amphibienne dans la jungle pâle du poison vert tendre. L'eau vient de la fumée, la fumée vient de l'eau. On se dilate dans l'évanescence, et bientôt la torpeur. Tout près, très loin, des bruits de repas préparé viennent d'un monde simple. Mais immergé dans la vapeur des fièvres intérieures, on ne veut plus lever le voile.

(La première gorgée et les plaisirs minuscules de Philippe Delerm)


Voilà le texte de P. Delerm sur le vieux train. Texte qui n'avait pas été lu dans l'atelier mais Rolland Pauzin, sans connaître ce texte, a écrit une version très ressemblante. Comme quoi ces instants ou plaisirs étaient bien partagés par de nombreuses personnes.


Dans un vieux train


   Pas dans le T.G.V., non! Ni dans le turbotrain, ni même dans un train corail. Mais dans un de ces vieux trains kaki qui sentent les années soixante. On s'attendait à l'asepsie fonctionnelle d'un wagon tout en longueur, à l'ouverture automatique d'une porte coulissante. Mais sur cette ligne familière, c'est bien un vieux train d'autrefois qu'on a remis en service ce jour-là. Pourquoi? On ne le saura pas.

   On avance dans le couloir. Le premier geste qui change tout, c'est de tirer la porte du compartiment. Dans une bouffée de chaleur électrique et molle, on accède par effraction à une intimité plus ou moins vautrée, plus ou moins distante: on vous toise de bas en haut. Foin de l'anonymat des wagons monolithiques! Ne pas saluer, ne pas s'enquérir de la possibilité de prendre place relèverait de la barbarie. Il y faut même une sorte d’inquiétude chagrine qui fait partie du rite. C'est le sésame. Ayant requis l'honneur de s'intégrer au salon familial, on y est accepté par un assentiment qui tient du borborygme.
   Dès lors, on peut se caler coin-couloir et déplier les jambes. Le regard de chaque passager obéit à une petite gymnastique instinctive et complexe: pause possible sur le sol noir caoutchouté, entre les pieds des occupants; pause prolongée bienvenue juste au-dessus des visages. Les positions intermédiaires – les plus intéressantes pourtant – sont à effectuer furtivement. Mais nul n'est dupe: l'acuité de l'œil dément alors la pudeur de sa course. Une échappée vers le paysage semble de bon aloi, avec étape sur les cendriers plombés gravés S.N.C.F. Mais c'est en haut, près du miroir clouté, que l'œil revient se poser à son aise. Dans un petit cadre métallique, le cliché noir et blanc de Moustiers-Sainte-Marie (Hautes-Alpes) ne suscite pourtant aucun désir d'évasion. Il éveille davantage une vie ancienne, propre aux usages compartimentaux, aux casse-croûte. On y respire presque une odeur de saucisson coupé à l'Opinel, on y pressent le déploiement de la serviette à carreaux rouges. On se replonge dans l’époque où le voyage était évènement, où l'on vous attendait sur le quai de la gare avec des questions protocolaires:
   – Non, j'étais bien. Coin-couloir, un jeune couple, deux militaires, un vieux monsieur qui est descendu aux Aubrais.


(La première gorgée de bière et les plaisirs minuscules de Philippe Delerm)

Photo: Train à vapeur des années 1950-1960