Gif Atelier


L'atelier d'écriture de Gardanne se déroule au siège de l'AAI, 35 Rue Borely, 13120 Gardanne
chaque vendredi de 14h à 16h.
Pour contacter l'AAI utiliser l'adresse e-mail : aai.esj@wanadoo.fr ) ou téléphoner au 0442515299

L'atelier d'écriture de la Méjanes d'Aix se déroule chaque jeudi de 10h à 12h à la Mareschale, 27 avenue de Tübingen 13090 Aix-en-Provence (TEL : 04.42.59.19.71 - e-mail Ecrits.Alaai@gmail.com ) et aussi le premier lundi du mois (même heure, même lieu).

L'animation ci -dessous représente l'aspect avant tout ludique de cet atelier gratuit ouvert à tous. Du rire et de la légèreté...

mercredi 13 février 2013

Briser la syntaxe - II


Atelier du 8 février 2013 - Nommer des verbes nouveaux

Frederic Dard : mon père San-Antonio


Consigne 2 : écrire un texte/poème qui utilise des noms à la place des verbes.
Donc un texte sans verbe mais utilisant des sujets et des noms qui doivent être pris comme verbes.

La seizième dimension


Il rouge clair que je ne brouette pas de distractions. Semblable au mouton qui Alphonse, je me total dans les galeries de pierre jusqu'à menton sur le sol, pris de vertige. Je me marina dans l'ombre d'une citerne ou au détour d'un couloir et je michel qu'on me françoise. Il y verre des terrasses d'où je me laisse tablette jusqu'à en chaler sanglant. À toute heure, je ciel à lune endormi, fermant les yeux et respirant puissamment. (Parfois, j'ai tableau réellement, parfois la couleur du jour picasso quand je choix les yeux.) Mais, de tant de jeux, je canal+ le jeu de l'autre Astérion. Je me figure qu'il nez me pif visite et que je lui horloge la demeure. Avec de grandes marques de politesse, je lui esgourde : « Maintenant, nous Saint Emilion dans une autre cour », ou : « Je te truelle bien que cette conduite d'eau te briquette bien », ou : « Maintenant, tu rolland cette citerne que le sable a ras bord ». Tu mouches comme picole la cave. Quelquefois, je me mitterande et nous canons tous deux de bon coeur.

(Christian Duvoy)

Le chien bolide ?

Il bolide, les oreilles au vent, tout à coup il truffe un lapin,
se statue aux aguets.
Le lapin peur vite dans le trou. La survie avant tout!
Un œil périscope, mince ! la statue dans l'attente.
Le chien découragé escargote vers sa niche
Le lapin soulagé demi-tourne vers son gîte
Le chien tournicote, les puces en avion décollées, il spirale dans sa niche.

Demain, il bolidera plus tôt, le lapin loin du trou ne chancera pas comme aujourd'hui !

(Brigitte)

Le facteur-paillasson



Mon facteur paillassonne devant ma porte depuis 5 bonnes minutes. Sa sacoche douleure son épaule. Il flûte de toutes ses forces mais je ne l’oreille pas, toute à mon rêve pas fini. Dépité, il clé ma boite aux lettres et passage son avis. Je nez l’origine du courrier : une vieille facture qui venime depuis des mois et insomnie les nuits de mon fournisseur. Mais mon compte en banque, en ce moment, rougeoie et abnègue à me délivrer le moindre sou.
Mon facteur peut s’attendre à paillassonner encore…

(Françoise K.)

Départ

En ce froid matin de printemps.
Je veste cet enfant déshérité qui fleuve ses joues blanches.
Je cheveux sa petite tête avec mes doigts et mon shampoing brûlant.
Je robinette d'eau son concombre boutonneux, pareil à un nez
et pierre ponce ses joues avec mon gant vigoureux.
Je le chaise. Je le casquette. Je l’accroche-cœur. Je le lumière de soleil.

Lui, banane légèrement son visage rougi. Patte ses yeux humides.

En un instant, sorti de la maison,
il se girafe vers la couleur chaude du ciel,
se cerise en douceurs acides mais chéries.

Puis un bruit de diesel vacarme une visite.
Une voiture doucemente ses roues vers nous et se pissenlit net devant notre jardin.
Un homme, au triste costume gris et à l'allure administrative, douille le cœur de l'enfant et mon ventre.
Ce vieux fusil, en ce froid matin de printemps,
le maniemente, le chaise dans l'auto repreneuse
et hélice ce navire des autoroutes
loin,
loin de ma main et de mes lèvres frustrées.

(Rolland Pauzin)


 Comment les Grecs et les Troyen ont guerré


Savez-vous comment ont guerré les Grecs et les Troyens ?

Ça a commencé quand se sont competités trois beautés. Venus, Artémis, et Hélène (fiancé du roi de Sparte, Ménélaus). Elles ont candidaté devant le jeune Paris, un Troyen. Paris a rubanné Hélène après l’avoir médaillioné et d’autres choses encore. Le beau couple a ensuite croisièré vers Troie.

Les deux déesses, se sont senti trahisonné et elles ont furibondé.
« Pourquoi m’a-t-on pas rubanné » s’est hurlementé Artémis ?
« Et pourquoi ne m’a-t-il pas médaillionné s’est griefé Vénus ?

De fil en aiguille, ce fut la cause du guérroiement de Troie.

(Michel René Alix)

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Référence :

Je rétrospecte pour bien me remettre dans l’œil les dédales de la prison. Ça vous chiffonne que je crée le verbe rétrospecter ? Faut pas, mes pommes, faut pas !

Ce qui manque à notre langage ce sont par-dessus tout des verbes. Le verbe c’est le ferment de la phrase, son sang, son sens, sa démarche. A partir de noms ou d’adjectifs, il est aisé d’en confectionner de nouveaux. Je vous engage tous (c’est aux jeunes que je cause, pas aux vieux kroumirs plus moisis que leurs manuels scolaires) à fabriquer du verbe pour que s’épanouisse notre langue. Ne vous laissez pas arrêter par la crainte de passer pour des incultes. Ce qui n’est pas français au départ le devient rapidement. Notre langue n’est pas la propriété exclusive des ronchons chargés de la préserver ; elle nous appartient à tous, et si nous décidons de pisser sur l’évier du conformisme ou dans le bidet de la sclérose, ça nous regarde ! Allons, les gars, verbaillons à qui mieux et refoulons les purpuristes sur l’île déserte des langues mortes !

D’ailleurs ça vient tout doucettement, ma marotte du néologisme. Un peu partout, on assiste à des naissances. Dans les films, dans les bouquins. Oh, c’est encore timide, mais y’a que le premier verbe qui coûte. Bientôt, on ne pourra plus prétendre que le verbe s’est fait cher. Le jour viendra qu’au bac on fera passer une épreuve de néologie. Coefficient mille ! La San-Antoniologie écrasera la philo, ridiculisera les maths. A bas Pythagore ! Il l’aura dans l’hypoténuse. On lui déniera le théorème. On le contestera, on le mettra en doute avant de l’oublier. Et tout ce qui subsistera de Samos, son pays natal, ce sera une marque de fromage.

© San-Antonio, Un Éléphant ça trompe, éd. du Fleuve Noir, Paris, 1968.
Frédéric Dard.



"Prendre corps" lu par des acteurs de la comédie française :





Prendre corps

Je te narine je te chevelure
je te hanche 
tu me hantes 
je te poitrine je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m'odeur tu me vertige
tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne tu m'enjambes 
tu m'insuportable
je t'amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte

je te tremblante
tu me séduis tu m'absorbes
je te disp u t e
je te risque je te grimpe
tu me frôles 
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m'effleures tu me cernes
tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens 
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t'invente
parfois tu te livres

tu me lèvres humides
je te délivre je te délire
tu me délires et passionnes
je t'épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n'omoplate pas avant mes poumons 
même à distance tu m'aisselles
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières
je te haleine je t'aine
je te sang je te cou
je te mollets je te certitude
je te joues et te veines

je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t'ombre je te corps et te fantôme 
je te rétine dans mon souffle
tu t'iris

je t'écris
tu me penses

Ghérasim Luca, « Paralipomènes » (La Fin du Monde)



Gherasim Luca : Prendre corps... tu m'absurde

  https://soundcloud.com/olive-dujardin/gherasim-luca-prendre-corps-tu


Tableau : Frederic Dard : mon père San-Antonio écrit par sa fille