Gif Atelier


L'atelier d'écriture de Gardanne se déroule au siège de l'AAI, 35 Rue Borely, 13120 Gardanne
chaque vendredi de 14h à 16h.
Pour contacter l'AAI utiliser l'adresse e-mail : aai.esj@wanadoo.fr ) ou téléphoner au 0442515299

L'atelier d'écriture de la Méjanes d'Aix se déroule chaque jeudi de 10h à 12h à la Mareschale, 27 avenue de Tübingen 13090 Aix-en-Provence (TEL : 04.42.59.19.71 - e-mail Ecrits.Alaai@gmail.com ) et aussi le premier lundi du mois (même heure, même lieu).

L'animation ci -dessous représente l'aspect avant tout ludique de cet atelier gratuit ouvert à tous. Du rire et de la légèreté...

dimanche 12 mai 2013

Les quatre éléments

Feu automnal - Triptyque

Atelier du 3 mai 2013 - pour la fresque

La pluie lourde tombe d'un robinet orageux,
les nuages s'amoncellent, le tonnerre gronde
un air humide s'installe, les reflets scintillent sur les vagues,
les gouttelettes se suspendent au bord du pétale.

La terre de mes ancêtres, au pied des miens,
se retrouvent enfoncée telle des racines,
le sole rageur abrite des traces d'herbes,
les vers creusent leurs tunnels et la nature renaît.

L'air jaillit d'une pelouse comme un javelot,
cette lance sifflante troue le ciel,
ce ciel si cher où reposent mes aïeux.

Éparpillant ses éclats aux couleurs chatoyantes
la saison automnale réchauffe notre cœur
comme une fleur naissante en l'absence d'un feu.

(Marie-Gabrielle, Julie, Pascale B, Brigitte, Zoeffine, Françoise K., Michel René Alix, Florent C, Rolland Pauzin)
________________________________________
consigne : chaque participant écrit une ligne assez courte et passe son dernier mot au participant à sa gauche et ainsi de suite pour chaque strophe.
La première strophe se rapporte à l'eau, la deuxième à la terre, la troisième à l'air et la quatrième à l'absence du quatrième élément : le feu.
La structure du poème est celle d'un sonnet libre (sans rime et non-isométrique)

lundi 6 mai 2013

Cadavre exquis des saisons

Les quatre saisons de Romain Cazes

Atelier du 3 mai 2013 - Cadavre exquis des saisons pour la fresque

Les quatre saisons reverdies


En été, la lueur joviale vit seule dans ce pays :
l'horizon poussiéreux s'approche d'un tumulte ronronnant,
la matinée mouillée cache la nature des maisons
et la paille mordorée voyage tel un batelier sauvage.

Le cimetière ruminant de l'hiver récolte dans la nouvelle montagne
l'air blanc qui vole sur nos sommeils mécaniques
comme une moissonneuse toute proche attendrait une hommage habillé
quand l'ennui provisoire empoisonne la piste des incapables.

L'automne chasse les principales dépouilles mortuaires des nomades ;
l’œil brutal trouve dans ces cavernes photographiques
du cuivre vivant, nonchalamment accouché d'une bouche.

Puis le premier malaise tombe en cette grande journée
où la bonne humeur du printemps coupe vertement les assassins ;
Ainsi les trois autres saisons s'oublient par cette renaissance.

Cadavre exquis écrit par :
Marie-Gabrielle, Julie, Pascale B., Zoeffine, Françoise K., Michel René Alix, Florent C., Rolland Pauzin.

Tableau : Les quatre saisons de Romain Cazes XIXe siècle

mercredi 1 mai 2013

nouvelles sur le silence

5e Festival du Livre de la Canebière 2013 - Marseille


Mardi 30 avril - production de nouvelles sur le silence

Nous avons envoyé 11 nouvelles sur le thème du silence pour le festival du livre de Marseille.
voici la liste par titre :

Adèle
Arnaque ou bonheur ?
Deux sesterces et un squelette
Entre elle est moi
Le magazine
Le silence
Le silence des anges
Mémé
Silence à jamais
Une rue silencieuse
Un secret

et l'accueil de l'association Couleurs cactus :


Et bien ! quelle production ! mes félicitations ! 
n'oubliez pas de nous les envoyer en "papier" également.
merci 
Cécile Silvestri 
 
COULEURS CACTUS  vous souhaite une très belle année culturelle !



lundi 15 avril 2013

Nouvelles silencieuses

Harpocrate - Dieu du silence


Atelier du 12 avril 2013 Nouvelles silencieuses


L'atelier d'écriture de Gardanne (AAI) et celui d'AIX (La Mareschale) auront un stand à la fête du livres de Marseille (La Canebière) le samedi 8 juin 2013.


Nous allons participer à d'autres activités liées à ce festival. Par exemple au concours de nouvelles proposé par l'association Couleurs Cactus sur le thème : "des silences".


Voilà les règles à suivre :


- le candidat ne doit jamais avoir été publié auparavant, sauf à compte d'auteur ;
- la nouvelle doit être rédigée en français ;
- la nouvelle doit être en adéquation avec le thème et comporter un titre. Elle ne peut excéder 12000 signes, espaces compris ;
- une seule nouvelle sera acceptée par auteur.
Pour lancer leur imagination, les écrivains amateurs peuvent s'inspirer de cet extrait du cadre général du Festival du Livre de la Canebière : "La cinquième édition du Festival du Livre de la Canebière s'attachera à la thématique du silence. Qu'il soit spirituel ou indolent, signe d'approbation ou de contestation, de censure ou d'abnégation, nous le considérerons dans toutes ses acceptions : les secrets familiaux, les dissimulations politiques, les omissions historiques, les interdits, ... Mais également sa dimension poétique : le silence devant la beauté du monde, une rêverie, une réalité sublimée. Telle une île, une fuite, une absence, une solitude...".
 

dimanche 7 avril 2013

Phrases nominales


Les amants passagers - Almodovar

Atelier du 5 avril 2013 Phrases nominales

Consigne B : écrire un texte sans verbe. Seul les participes passés utilisés comme des adjectifs sont acceptables.

Sortie au cinéma


Sortie hier soir au cinéma. Pluie fine sur Plan de Campagne. Quelle poisse les déplacements sans parapluie ! Enfin au sec, billet en poche, au creux d’un fauteuil de velours rouge, un cornet de pop-corn entre les mains. A l’écran, le dernier film d’Almodovar. Un scénario farfelu plus proche de « Talons aiguilles » que de « Tout sur ma mère ». L’histoire des amants passagers à bord d’un avion en perdition. Panique mesurée et remise en question des protagonistes de la première classe. Des appels de la dernière chance à la femme, à la maîtresse, à l’enfant depuis le téléphone d’urgence de l’appareil. Un inventaire de personnages truculents : une voyante en quête de première expérience sexuelle perméable à l’odeur de la mort, une escort-girl de réputation internationale visée par un tueur professionnel, un couple de jeunes mariés adeptes de la mescaline, un comédien célèbre à la vie sentimentale chaotique, un pilote en recherche d’identité sexuelle.
Hilarité et jubilation parmi les spectateurs de la salle de cinéma au spectacle des trois stewards homosexuels acteurs d’un show total impro à destination des passagers inquiets.
Alors, un conseil : Peu importe les pluies fines et les averses de printemps, direction la salle de cinéma ! Pour les amateurs de situations loufoques et déjantées, voici un film incontournable.

(Françoise K.)

______________

Un rayon de soleil


Quelle journée magnifique !
Atelier d'écriture, bien entouré
dans une pièce sombre.
Face à moi, quelle joie ! Un rayon de soleil !
Dehors, temps nuageux
La langue en veille
La plume légère... (là, j'exagère)
Un fût de bière pour les compères
Fleurs sur les murs
Fruits sur la table
Bœufs dans l'étable...
et le cartable.

(Florent C.)

______________

La perte de verbe


Quelques extraits trouvés, ici ou là. Des exemples de phrases sans verbes ou phrases nominales. Des sortes d'aides, des pense-bêtes, des idées ingénieuses parfois, des tournures de fous de la consigne oulipienne, des jeux de mots.

Voilà par exemple une discussion sur un forum branché :
  • Sur ce forum, que de phrases sans verbes ! À chacun la sienne. Des erreurs ? Des inattentions ? Des fautes involontaires ou un choix de style ? Au fond pas très difficile l'écrit sans verbe, gage de modernité pour les uns, style relâché et prose inepte pour les autres.
  • Bof ! Une suite de phrases sans action. Du descriptif, quelques interrogations, des onomatopées à la Serge Gainsbourg ou des bribes de phrases, style bandes dessinées, des listes de commissions d'une banalité incroyable, des menus même pas appétissants. De la langue morte, quoi ?
  • La langue en péril ? Jamais, sans les mensonges des verbes beaucoup plus trompeurs que les noms communs. « Des envahisseurs, des dictateurs, des usurpateurs de la littérature » depuis toujours, ces conteurs d'actions et parfois d'états ! (Dixit Thaler, l'écrivain du « Train de nulle part », ouvrage à l'absence d'intrigue et tout naturellement, de verbes.)
  • Et les adjectifs, alors ? Quelles tromperies, non ?
  • En effet. Vive le silence, le vide, l'absence... le nihilisme aussi.
  • Pfft ! Le verbe dans le discours politique. Quelle merde ! Des excès, des dérives, des promesses...
  • Et l'utilisation des temps, des modes. Quelles balivernes ! Des conditionnels aux allures de professions de fois, de vérités incontournables, toujours bien placés et surtout bien cachés pour un populo naïf puis un peuple trompé, entubé jusqu'à l'os. Rigolo, non ?
  • Non, triste, mon ami !
  • Triste comme la politesse ?
  • Oui. Bonjour tristesse. Voilà du verbe, des sentiments à foison, de l'amour et de l'action ou du moins de l'action émotionnelle et cérébrale parfois.
  • Désolé ! Très ringard, pour moi !
Discussion suivie de pleurs inconsolables, de peurs de dérives vers le vide peut-être.

Ailleurs, rencontre de deux personnes troublées par ce même livre «le train de nulle part » et dans des états différents.
D'un coté, une jeune femme réconfortée par la beauté des noms dominateurs.
De l'autre un homme détruit par l'inaction des phrases futures. Pourtant, voilà de ses lèvres une suite de mots sans verbes : « Quel avenir dans l'inaction ? Quel avenir dans ce type de mort lente ? Quel avenir dans cette sorte de mer morte sans aucun bateau ni poisson, ou alors, avec des bateaux et des poissons mais complètement immobiles et donc inutiles ! »

Quelques secondes de silence puis réconciliation autour d'un poème de Verlaine, très descriptif et sans verbe, lui aussi :

Walcourt (de Verlaine)


Ô briques et tuiles,
Ô les charmants
Petits asiles
Pour les amants !

Houblons et vignes,
Feuilles et fleurs,
Tentes insignes
Des francs buveurs !

Guinguettes claires,
Bières, clameurs,
Servantes chères
A tous fumeurs !

Gares prochaines,
Gais chemins grands...
Quelles aubaines,
Bons juifs-errants !

__________


En ce soir léger, sortie d'une série de compliments et d'exclamations de la bouche de ces deux tendres personnages réconciliés et aux regards amoureux :
Quel beau tableau ! Magnifique, ce poème ! Fantastique, admirable ! Quelle merveilleuse description d'un lieu triste puisque en Belgique. Remarque un peu méchante et déplacée, non ? Oui, mille excuses pour les belges. Éclats de rire. Des mains et des cheveux entrelacés...
Début d'une idylle et... d'une récitation d'un texte de Benjamin Péret par l'homme, de plus en plus heureux et gai.


Allô

Mon avion en flammes mon château inondé de vin du Rhin
mon ghetto d'iris noirs mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d'opale mon moustique d'air
mon édredon de paradisiers ma chevelure d'écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise
ma collision d'autos folles et prudentes ma plate-bande sauvage
mon pistil de pissenlit projeté dans mon oeil
mon oignon de tulipe dans le cerveau
ma gazelle égarée dans un cinéma des boulevards
ma cassette de soleil mon fruit de volcan
()
mon amour

-  Je(u) sublime de 1936 ?
- Oui, ma belle


 Récitation par la femme d'un extrait de la Solitude de l'incompris poète, roi de la musicalité : Verlaine

La Solitude de Verlaine


Derrière un rideau lourd de pourpres léthargiques.
(L'homme) seul sur les ombres tragiques
De la terre sans verbe et de l'aveugle éther.
(Verlaine)

Hum ! Sacrée discussion, quand même ! Bien sûr, de la langue de bois pour les hyperactifs mais sans passif pour les autres, non ?
Et puis à la fin de cette scène, pas de langue de bois entre ces deux personnages. Non, de la gamelle marseillaise, plutôt.

(Rolland Pauzin – Texte écrit le jour précédent pour donner des exemples de phrases nominales lors de l'atelier)

samedi 30 mars 2013

Edward Hopper


Atelier du 29 mars 2013 - Edward Hopper

Consigne : écrire des textes (poème, lettre, liste, récit, note etc) sur un des tableaux de Edward Hopper.

Summer evening, 1947 - Edward Hopper (soir d'été)

Summer evening, 1947. Edward Hopper


Un Couple discute sur le balcon de leur maison sur pilotis, c'est l 'été, la journée a été très chaude.
Sous ces latitudes la nuit tombe vite et là, les gens commencent à sortir, à bouger.
Le jour on se croirait dans une ville morte, même les chats et les chiens ne s'aventurent pas dehors, mais là, le couple parle de se qu 'ils vont faire ce soir. « Si on allait au resto » propose la jeune femme qui n'a pas envie de faire la cuisine.
« Pourquoi pas » réponds l'homme qui lui n'a pas envie de rentrer dans un discours trop long, surtout qu'on est le début du mois et qu 'il a reçu une prime exceptionnelle.

Mais en attendant que faire il est 19 h et par habitude les restaurants commencent assez tard, plus ou moins 21 h (à la fraîche comme on dit).
Deux heures à tuer ! Que faire ? Soudain l'homme dit « si on allait prendre l'apéro chez les Kraswich ? On les invitera à dîner avec nous au resto, la dernière fois c 'est eux qui nous avaient invité ça fera d 'une pierre deux coups, non?
« Bonne idée, j'en profiterai pour mettre la petite robe que tu aimes tant » fait-elle avec un clin d'œil complice.
« Très bien, autant en profiter maintenant, parce que en rentrant en France on n'aura plus l'occasion de vivre à un tel niveau ! » C ' est quand même bien l'Indochine, non ?
C'est vrai que la région est spéciale, pendant la mousson on se croit en pleine mer tellement il y a d 'eau, il pleut pendant 3 ou 4 jours sans arrêt et là, il fait chaud et humide...
(Christian DUVOY)

LA LETTRE : Le couple discute sur le balcon, il lui fait des reproches .

"Dis donc j 'ai reçu une lettre de rappel de l'EDF ! Ils me disent que je n 'ai pas payé les deux derniers mois, pourtant je t'avais donné de l 'argent et tu m'as dis que tu étais allée à l 'agence à Vientiane pour régler, c 'est ça, non ?
Elle : « oui oui, j'y suis allée, j 'ai payé. »
Lui, en colère : « Bon, alors va chercher le reçu et donne le moi je vais leur faire une lettre de réclamations. »
Elle, gênée : « Ben c 'est à dire, euh, je l 'ai perdu, je ne sais plus où il est. »
Lui, exaspéré : « Décidément t'es vraiment la reine, toi, quand tu t 'y mets ! Comment je vais prouver que ça a été payé maintenant ?
Elle, en pleurnichant : « La vérité c'est que, avec l 'argent, j 'ai acheté la petite robe qu'on avait vue ensemble et même que tu m'avais dit que tu me verrais bien dedans, alors j 'ai voulu te faire plaisir ! J 'ai bien fais, non ?
Lui, colère contenue : « Dac, mais viens on va rentrer, tu vas la retirer, car là il va falloir te faire pardonner mais alors beaucoup... beaucoup... »
(Christian DUVOY)

LES PENSEES.

Elle : Putain qu'est ce que je m'emmerde dans ce bled paumé et l'autre connard qui me mate comme si j'étais un jambon.
Lui : Elle est quand même bien roulée la nana de mon frère, je suis sûr que si j 'insiste un peu je pourrais me la faire.
Elle : Mais y va pas arrêter ce con, quelle idée j 'ai eu aussi de dire que j'avais chaud et que j'allais prendre l'air.
Lui : Je suis sûr que c'est une excuse quand elle m'a dit qu'elle avait chaud, j'ai vu son regard, elle a baissé les yeux vers ma braguette.
Elle : Plus je le regarde, plus je me dis que j'ai eu de la chance de prendre son frère, quand je pense que ma mère voulait que je sorte avec lui à cause de sa situation, qu'il avait plus d'avenir etc. Non mais, tu as vu cette tête de demeuré ?
Lui : J'aurais dû insister. Quand on l'a rencontrée avec mon frère, cet abruti me dit « on fait ça à pile ou face, celui qui gagne la drague ! » et bien sûr, j'ai perdu ! Mais là, je prendrais bien ma revanche, ça commence à me démanger dans le sous-bassement.
Elle : Bon, ça commence à bien faire maintenant en plus il n'a aucune conversation ce con. Lui, à part le cul, il ne connaît rien, enfin ça me ferait une comparaison avec son frère mais il a tellement une grande gueule qu'il serait capable de s'en vanter ! Allez, je me casse.
Lui : Et merde, encore raté. Si ça continue au rythme où on se voit, la prochaine fois elle sera grand-mère ! J 'aurais dû attaquer, quitte à me prendre une baffe, après tout j 'ai l'habitude !!!Je vais rentrer derrière elle, comme ça je pourrai mater son cul ! Putain quel cul.
(Christian DUVOY)

_____________

Automat - Chaine de restaurant - Edward Hopper - 1927

Automat, 1927 - Edward Hopper



Le vide de la chaise qui s'oppose à moi me fait baisser les yeux comme mon chapeau jaune, timide et triste.
Croiser les jambes rougies par la honte de la solitude ne m'apporte pas de confort ni de solution. Je reste dévastée par cette dernière lettre si refroidissante. Elle tourne en boucle dans ma petite tête.

Liz, ma chérie,

Le cours de la vie n'est pas un fleuve tranquille, même si ce calme cheminement que nous parcourions main dans la main quand nos dents croqueuses mordillaient nos lèvres sulfureuses et nos désirs culbutaient d'autre désirs, nous a paru comme un beau voyage de bienheureux...
J'aimerais t'expliquer que tout cours d'eau rencontre d'autres rivières argentées et brillantes et qu'une cascade change tout. Et j'ai rencontré cette cascade...
Mais l'important n'est que la conclusion de cette chute puisqu'une autre rivière, argentée elle aussi, est repartie avec moi dans une autre direction. Je ne peux m'écarteler et je dois te laisser.
Désolé pour la brutalité de ce message mais surtout, ne te noies pas.

Signé : John, qui t'a aimée.

Le café que je tiens fébrilement va couler en moi comme un cours d'eau abandonné. Son goût de tourbe me fait peur. Je le regarde et mon bras n'a pas la force pour le porter à mes lèvres fermées et plus rouges que le sang. Source de silence.

Instant immobile,
radiateurs froids,
coupe sanguine,
murs droits et moralistes,
néons au jaune cocu
vous prenez si peu de place sur ce fond plus sombre que la nuit, plus noir qu'un trou final aspirant la vie que j'ai besoin de vous interpeller :

écoutez-moi
ombre de l'absence,
table plate comme la tombe,
table ronde et bleue comme l'espoir évanoui
chaise immobile et rangée
chaise trouée par un revolver new-yorkais
chaise vide et à jamais silencieuse
écoutez-moi
je n'ai plus rien à dire ou à vivre.

Ce poème trahit mon mal-être
et seules mes jambes blanches et frileuses s'opposent à la droiture de la froideur de cette grande salle.
Enfin, elles s'inclinent légèrement
et je décline l'absence d'avenir
et l'avenir dans l'absence.

Un artiste à la tenue austère et carrée m'a vue et m'a peint comme si je n'étais pas là.
Mon fantôme l'a vu, lui aussi, dans la propreté du vide reflété par ce marbre horizontal d'un hôtel glacial.

(Rolland Pauzin)


_____________
Chop Suey - Edward Hopper - 1929

Gravure


Le silence est lourd, il fallait qu'elles se rencontrent.
Elles ont un litige à régler.
La quelle commencera à parler ?
Celle qui a demandé la rencontre, elle a un besoin impérieux d'exprimer tant de choses accumulées depuis si longtemps !
Elles commandent un thé, sans même s'en rendre compte.
L'esprit est déjà au dialogue.
Elsa commence, les mots sont bas, hésitants, lents, timides comme interdits, pleins de poussière.
Peu à peu, le rythme accélère.
Claudia esquisse une réponse mais Elsa n'arrive plus à arrêter, elle recherche l'apaisement de la chose enfin évacuée.
Claudia patiente, quand elle sent Elsa enfin calmée, à son tour, elle s'épanche.
L’abcès est crevé.

On parle de la pluie, du beau temps, des enfants, du mari, du boulot mais plus jamais on ne reparlera du reste.
On se quitte en promettant de se revoir, on n'y croit qu'à moitié.
Peu importe, tout est dit.

Toc toc toc

Il pleut monotomnement
Elles ne sont pas seules
Elles parlent monotomnement
L'important c'est de n'être pas seule.

(Brigitte)



Tableaux :
Summer evening, 1947 - Edward Hopper (soir d'été)
Automat - 1927 -  Edward Hopper (chaîne de restaurants)
Chop Suey  - 1929 - Edward Hopper

lundi 25 mars 2013

Carré lescurien

René Magritte - Homme à la plage - 1927



Atelier du 22 mars 2013 - Carré lescurien


La marche trompe la piste rose
et Rose marche sur la piste.
La piste trompe la marche rose.

Marche ! Trompe ! Piste la rose
et piste la Rose qui se trompe de marche
La Rose se trompe, la piste est en marche

En marche Rose, te trompe pas de piste !
(Christian Duvoy)

______________________

Coupe la planche ! Sombre orange,
La sombre planche orange se coupe
et coupe la sombre orange sur la planche.

Planche, sur la coupe sombre de l'orange !
(Florent C)

______________________


Le vaisseau vogue et coupe la vague.
Une coupe de vaisseau vague mais en vogue
vogue sur la vague puis un vaisseau dans une coupe
vague se coupe et vogue tel un vaisseau.

(Rolland Pauzin) – Dans ce carré lescurien si l'on retire les mots de liaison un obtient un palindrome utilisant les 4 mots en question

vaisseau vogue coupe vague / coupe vaisseau vague vogue
vogue vague vaisseau coupe / vague coupe vogue vaisseau. consigne 1 avec tendre vogue vague pointu

Le pointu vogue sur la vague tendre
Ah ! Vogue tendre pointu si vague
La vogue du pointu ne va tendre sur la vague
le vague tendre qui vogue sur son pointu
(Rolland Pauzin)

_______________


Carré lescurien avec les mots : planche porte coupe bouche
en créant les 24 permutations possibles :

La planche porte la coupe vers la bouche
Ta planche coupe ma porte et ma bouche
La planche bouche ou coupe la porte
La planche de la porte bouche et coupe
La planche plus qu'une coupe bouche la porte
Planche bouche, qui porte ta coupe ?

Porte cette planche comme une coupe à ta bouche
La porte ou la planche sur ta bouche coupe
Porte la coupe d'une planche à ta bouche
Qui porte haut une coupe, bouche tout avec une planche
Un porte-bouche planche sur cette coupe
Porte à ta bouche la coupe et planche !

Coupe la planche puis bouche la porte
La coupe sur cette planche se porte vers ta bouche
Coupe-bouche ou planche de porte ?
Coupe cette bouche et porte la planche
La coupe se porte, la planche bouche
Coupe la porte et bouche-la avec la planche

Bouche la porte puisqu'on coupe une planche
Bouche la porte avec cette planche qui se coupe
Bouche cette coupe et porte cette planche
Bouche ou coupe la porte et la planche
Bouche la planche ou coupe la porte
Bouche cette planche et porte-moi cette coupe

(Rolland Pauzin)


Exemple utiliser les 4 mots suivants dans une phrase et les retourner tant qu'on peut :
vague vogue planche blanche

La planche blanche vogue sur la vague
La Blanche planche sur cette vogue de le vague
et de la planche qui vogue sur la vague blanche.
Ah, vogue de la vague planche blanche !
(Rolland Pauzin)

CONSIGNE :
Écrire un poème fait de 4 mots que l'on va retourner dans tous les sens possible.

On nomme cela un poème carré ou le carré lescurien créé par Jean Lescure

exemples :
À foule qui se ferme sable sombre
Au sable ferme la foule sombre
Sombre, ferme, foule le sable
Foule ferme où sombre du sable

Jean Lescure ("Poèmes carrés", dans le recueil "Drailles" - éditions Gallimard, 1968)

Feuille de rose porte d'ombre
Ombre de feuille porte rose
Feuille, porte l'ombre d'une rose
Feuille rose à l'ombre d'une porte
Toute rose ombre une porte de feuille

Jean Lescure ("Poèmes carrés", dans le recueil "Drailles" - éditions Gallimard, 1968)

Définition
Le carré lescurien utilise quatre mots permutant entre eux.

Rien n’est plus facile que d’interchanger les beaux adjectifs.
Rien n’est plus beau que d’interchanger les faciles adjectifs.

Avec les substantifs déjà la difficulté se fait plus étrange.
Avec la difficulté déjà le substantif se fait plus étrange ».
Ces phrases de Jean Lescure définissent la permutation en la pratiquant.

Pour se faciliter la tâche :
Il faut prendre des mots qui peuvent être à la fois un verbe conjugué et un nom commun ou un adjectif cela facilite les permutations.
Voir : porte coupe bouche branche colle chine prime montre vogue planche foule sombre joue ferme orange (adjectif, nom)

Tableau : René Magritte - Homme à la plage - 1927

vendredi 22 mars 2013

autobiographie d'un objet

Edvard Munch - Aunt Karen in the rocking-chair-1883



Atelier du 22 mars 2013 - autobiographie d'un objet

Consigne 2 : écrire un texte du point de vue d'un objet qu'on ne dévoilera qu'à la fin. C'est l'objet qui parle de lui à la première personne du singulier.

Je me souviens d’elle, alors que toute petite elle s’endormait entre mes bras. Je l’ai vu grandir, j’ai consolé son premier chagrin en la berçant doucement. J’ai déclenché ses fous rires lorsqu’elle et moi nous laissions emporter dans une danse folle.
Un jour merveilleux, elle est devenue mère et je les ai doucement portés elle et son enfant.
Puis elle a vieilli. Elle a aimé se réfugier contre moi pour rêver et se souvenir d’autrefois.
Un triste soir, elle s’est endormie dans mes bras. Définitivement.
Elle a quitté la maison et ceux qui l’ont remplacé ne m’ont pas trouvé beau. Moi aussi, j’étais devenu vieux. Mes articulations grinçaient si fort et mon dos était si déformé par le poids des ans et des corps.
Eux n’avaient pas d’histoire avec moi, pas de souvenirs, pas d’affection. Alors ils ont décidé de se débarrasser de moi. Ils m’ont installé à l’arrière de leur voiture, m’ont conduit dans un coin de campagne sale et m’ont abandonné sur un tas de détritus.
Quelquefois quelqu’un vient. Il m’observe, m’évalue, se demande s’il peut encore faire quelque chose de moi et puis finalement me laisse. Il parait que je suis trop démodé.
Qui voudrait encore d’un vieux fauteuil à bascule ?
(Françoise K.)

_________________

Je sens trois doigts qui me soulèvent et me presse. Est-ce que je sue trop. Est-ce que je saigne ? En tout cas je me vide. Personne ne m'a rien demandé, comme d'habitude et me voilà qui suis forcé de travailler et de suer sang et eaux. Du moins c'est ainsi que je le ressens. Si au moins ces doigts avaient la douceur d'une princesse mais non ! Ils sont rugueux, vieillis, durs... et me traitent comme un esclave. Parfois ils me jettent d'un geste brusque et énervé sur cette belle table en chêne et je m'attends à ce qu'un nouveau viol se produise alors que je ne suis qu'abandonné. Je me sens blessé, du moins plus moralement que physiquement car je sais roule-bouler comme un champion. Il m'a fallu un certain temps pour m'habituer à cette situation, moi qui ai vécu longtemps avec mes frères dans un petit espace calme et reposant. Nous avions des formes très semblables. On aurait pu croire que nous étions des jumeaux mais nos couleurs si variées trahissaient nos naissances. Nous venions bien de la même matrice mais en des temps et des lits différents.
Et dire que l'on m'a baptisé de ce nom court faisant penser aux chèvres : Bic.
Ah! Que la vie du stylo d'un vieil acariâtre est dure !
(Rolland Pauzin)

_________________

Exemple : un poème de Jacques Réda que j'ai légèrement modifié (voir en gras) pour que l'objet soit caché et ne se révèle vraiment qu'au dernier vers. (cet exemple n'utilise pas le je qu'il faudra utiliser)

Retour au calme


Passant dans la rue un dimanche à six heures, soudain,
Au bout d’un corridor fermé de vitres en losange,
On voit un torrent de soleil qui roule entre des branches
Et se pulvérise à travers les feuilles d’un jardin,
Avec des éclats palpitants au milieu du pavage
Et des gouttes d’or — en suspens aux rayons d’un cadeau.
C’est un grand objet noir, de proportions parfaites,
Qui touche à peine au mur. Il a la grâce d’une bête
En éveil dans sa fixité calme : c’est un oiseau.
La rue est vide. Le jardin continue en silence
De déverser à flots ce feu vert et doré qui danse
Pieds nus, à petits pas légers sur le froid du carreau.
Parfois un chien aboie ainsi qu’aux abords d’un village.
On pense à des murs écroulés, à des bois, des étangs.
L'amie porteuse vibre alors, on dirait qu’elle entend.
Et voudrait-on s’en emparer, puisque rien ne l’entrave,
On devine qu’avant d’avoir effleuré son giron
Éblouissant, on la verrait s’enlever d’un seul bond
À travers le vitrage à demi noyé qui chancelle,
Et lancer dans le feu du soir les grappes d’étincelles
Qui font des roues de mon vélo deux astres en fusion.

Tableau : Edvard Munch - Aunt Karen in the rocking-chair-1883

lundi 18 mars 2013

cut-up d'un trésor d'Espagne


Atelier du 22 février 2013

Camille Pissarro - Le linge et l'étendoir

Cut up



Consigne : Utiliser la méthode du cut up pour écrire un nouveau texte à partir d'un chapitre du Trésor de la guerre d'Espagne de Serge Pey. On prendra 20 lignes de ce texte au hasard et on les ordonnera différemment. Bien sûr ces lignes extraites ne devront pas se suivre dans le texte original et devront même être assez distantes les unes des autres.
________

Ce matin, ma mère semblait chanter pour un dieu, des phrases que le ciel liait comme les points de ponctuation d'une grammaire de silence.

On cherchait le feu, le grand fagot du soleil, un feu à l'autre bout du champ.

Sans danger, si elle laissait une paire de pantalons, les pantalons sur le fil, avec nos draps et nos chemises, les draps posés à même l'herbe.La cabane aussi brûlerai.

Elle attendait toujours dans sa cabane, un companero.

Ma mère avait sorti les fleurs comme pour célébrer la fin de cette attente.

Comment comprendre qu'elle attendait parfois le camion bleu de la gendarmerie, c'est le docteur qui l'avait mal renseigné.

Ma mère sortant les fleurs, je compris sa précipitation quand je vis, encore jamais employés ainsi, avec la bouche et avec les mains, tous ses mots à elle, les vêtements, en train de brûler et avec toute sa raison.

(Brigitte)

________

Mère liberté


      C'était son métier. Elle avait des épingles plein la
file de camions bleus de la gendarmerie.

      Quand je passais le seuil de la porte, ma mère me
lisait la terre car les empreintes étaient des écritures
sans danger. Si elle laissait une paire de pantalons
dans leurs camions, leurs amis, de l'autre coté
ne comprenaient pas. La guerre civile n'était pas encore finie,
oiseau. Ma mère en sortant les fleurs, à l'abri dans le
soleil, était de retour. Ce soleil qui disparaissait parfois
déversait des dizaines de gardes mobiles armés de
secrets. Mais ce matin, alors que je prenais mon
cailloux comme les points de ponctuation d'une
jupe de ma sœur (Attention, personnages suspects !)
comment comprendre qu'elle étendait parfois le...
le droit de manifester que le passage était libre et
unique où elle vit. Car il faut toujours guetter pour
la route. Et aux feux inconnus des bergers,
j'étais fier. J'étais devenu une conjugaison presque
nue.
       Le camion sur la route, juste derrière la grange,
se souvient, chaque matin, d'un temps où la liberté
l'avait couché sur l'herbe puis était partie l'allumer.

(Rolland Pauzin)

Berthe Morisot1875 - L étendage de- la lessive


Référence :  

- texte original utilisé dans cet exercice lu par l'auteur, Serge Pey : Le linge et l'étendoir du Trésor d'Espagne.



Tableau : Camille Pissarro - Le linge et l'étendoir et Berthe Morisot 1875 - L étendage de- la lessive


vendredi 8 mars 2013

Voyage d'Ulysse

Atelier 8 mars 2013 Écrire un voyage partant d'un port méditerranéen français et allant à un autre port de la méditerranée (destination). Ce voyage fait escale deux fois dans le même port une fois à l'aller et une fois au retour Ce n'est pas un voyage touristique mais soit un voyage d'affaire (vente/achats etc. ) soit pour combattre ou autre raison politique etc. donc 5 paragraphes dans les ports A B C B A Les premiers mots (3) de la première phrase du paragraphe 1 formeront en sens inverse les derniers mots du 5e paragraphe. Exemple Dieu crée l'homme sage.... ... l'homme sage crée Dieu. de même les premiers mots du paragraphe II dans le port B seront inversés pour former la dernière phrase du paragraphe 4 (même port) Exemple : Le soir sait rougir de honte... ... La honte sait rougir le soir Et pour le port de destination C la première phrase sera aussi inversée pour former la dernière phrase du paragraphe (III) : exemple Un chien mange un homme... L'homme mange du chien. On n'écrira pas (ou très peu) le voyage en mer mais simplement ce qui se passe dans les escales, départs arrivées dans les ports. Exemple de villes : Marseille, Gênes, Rome Venise, Athènes, Istanbul, Beyrouth, Alexandrie, La valette (Malte), Tunis, Alger Oran ... Ce sera le seul exercice donc lisez des pages de livres pour avoir une histoire au moins légèrement historique. Évènements : prise d'Alger 1826?, La peste à Marseille 1720?, Rapatriement à l'indépendance de l'Algérie 1962. S'inspirer peut être du voyage d'Ulysse... de la visite au J1...